Île de la tentation : Téléréalité ou télépatriarcat ?

L’Île de la tentation est une téléréalité des années 2000. Quatre couples hétéros y viennent tester la solidité de leur relation, séparés sur une île paradisiaque. Diffusée entre 2002 et 2008 sur TF1, puis reprogrammée en 2024 sur W9, l’Île de la tentation est un programme en accord avec son temps dans une société patriarcale et capitaliste.
L’objectif affiché de l’Île de la tentation est de mettre la fidélité des couples à l’épreuve. C’est là que les tentateurs et les tentatrices entrent dans l’équation. Ils et elles n’ont qu’un seul rôle : séduire. Chez les hommes, la séduction est rapide et la faute vite arrivée. Ils se vantent très souvent de leur conquête et de rendre jalouses leurs compagnes.
Préjugés classistes et sexistes
C’est à ce moment-là qu’un dérèglement s’installe : les hommes légitiment leurs comportements mais refusent que leurs compagnes fassent de même. Un double standard s’impose et nous rappelle qu’après tout, en miroir grossissant du patriarcat, les femmes n’ont que deux rôles : plaire et séduire (pour les tentatrices) et être des futures épouses (pour les participantes).
Associée à de la « télé poubelle », la téléréalité est souvent pensée comme regardée par des personnes sans culture, beaufs et par un public de classe ouvrière. Mais qui peut décider de ce qui est culturellement légitime ? Toujours la même réponse : la bourgeoisie.
Or, les codes de la téléréalité caricaturent les codes patriarcaux et de classe de nos sociétés. On voit ici une division très nette de temps d’écran et de focus entre les couples et les tentateurs et tentatrices, ainsi que des rôles patriarcaux présentés de manière binaire : distinction entre les rôles de genre attribués et beaucoup plus de différences entre ceux des femmes (couple/tentatrice) que ceux des hommes (couple/tentateur).
La mise en scène par la production donne aux spectateurs et spectatrices une vision presque grotesque des couples hétéronormés. Les moments des feux de camp où les couples ont un aperçu de ce que fait leur partenaire est scénarisé et rend le public témoin de l’intime, presque voyeur. Cependant, les comportements y sont les mêmes que dans la société : les participantes acceptent leur sort et le boys club est plus que jamais en position de privilège.
Tentateurs, tentatrices ou TDS ?
Il faudrait également s’interroger sur le rôle des tentateurs et des tentatrices. Ils et elles n’existent que pour une chose dans cette émission : la séduction. La caméra objectifie leurs corps, iels perdent leur individualité et ne sont plus que des objets de tentation. Leur rôle peut s’apparenter, dans une certaine mesure, à du travail du sexe : performer la séduction à travers des striptease ou des danses lascives.
l’Île de la Skibidi Tentafruit
Suite à la diffusion de la dernière saison, une série inspirée de l’Île de la tentation a été postée sur TikTok. En plusieurs épisodes, l’Île de la Skibidi Tentafruit montre des fruits mis en scène comme s’ils participaient à l’émission. Cette série uniquement générée par IA interpelle par sa vision très misogyne. Si l’Île de la tentation est déjà un miroir grossissant du patriarcat, l’Île de la Skibidi Tentafruit exagère encore davantage le trait et interroge notamment par le public, souvent adolescent, qu’elle touche.
Albane (UCL Marseille) et Audrey (UCL Caen)





