Ecologie

Ille-et-Vilaine : Un projet de crématorium qui met le feu !




Près de Fougères, un projet de crématorium a mobilisé associations de défense de l’environnement et de riverains et riveraines. En cause, un projet qui risque de porter atteinte aux réserves en eau potable de la région. Un méli-mélo administratif qui illustre bien la façon dont sont prises les décisions : si plusieurs instances consultatives s’opposent au projet, les décisions se prennent en conseil restreint qui, par chance, peuvent s’aligner aux revendications citoyennes locales.

Le maire de Saint-Germain-en-Coglès, Rodolphe Hameau, près de Fougères, s’empare de l’idée de construction d’un crématorium. Le besoin est reconnu, les communautés de communes environnantes avaient commencé à réfléchir au projet, mais le dossier n’avançait pas : il leur a coupé l’herbe sous le pied.

Un nouveau projet qui impacte l’environnement local… La seule étude d’un hydrogéologue menée lors de la création de la zone d’activité (ZA), où s’implanterait ce projet, soulève déjà la question d’un emplacement problématique, mais émet un avis favorable sous de nombreux conditionnels. Pourtant cet avis n’a pas été versé au dossier de l’enquête publique menée en 2025 : pourquoi ? Sans doute parce qu’il révélait également une autre situation qui faisait tache. En effet, le réseau d’assainissement, rappelle cette étude, est déjà sous-dimensionné et mal conçu pour les seules activités de la ZA envisagées à l’époque.

Malgré cela, dans une grande opacité, un permis de construire est accordé fin 2025, alors qu’un trio constitué d’une association de riverains et riveraines et deux associations environnementales s’active à dénoncer le projet avec un leitmotiv simple, mais clair : « Oui au crématorium, mais “non” pas ici ».

Papillon - comité SDT de Fougères

En effet, le projet est situé dans une zone incluse dans le périmètre élargi d’une zone de captage des eaux potables. Si, à lui seul, l’argument du risque de pollution de la zone et des eaux captées pouvait suffire à s’opposer à ce projet, d’autres raisons ont fini par émerger. Restons sur le cœur de l’opposition : ces mêmes captages sont employés à 20% de leurs capacités pour alimenter en eau potable la ville de Rennes, le reste étant donc une source d’eau potable du territoire. Ces 20% d’eau potable sont gérés par « Eau du bassin rennais-collectivité » qui émet un avis défavorable au projet. En parallèle, l’Agence régionale de ­santé émet également un avis défavorable. Puis la Commission locale de l’eau ajoute le sien. Un total de trois avis qui n’apparaîtront pas dans l’enquête publique ! Face à cela, seuls le maire et le porteur de projet s’arc-boutent et persistent dans leurs volontés conjointes de mener à bien ce projet minimisant les arguments étayés qui leurs sont opposés.

Fait marquant, et venant ajouter une touche étrange et inquiétante, c’est la conclusion de la commissaire enquêtrice de l’enquête publique qui émet un avis favorable ! Cela illustre bien la confiance qu’on peut accorder aux enquêtes publiques. Ces dernières émettent rarement des avis négatifs, et privilégient majoritairement les projets au motif qu’ils servent la croissance. En dernière instance le Conseil département de l’environnement et des risques sanitaires rend à l’unanimité – fait rarissime – un avis défavorable. Le Préfet a donc finit par mettre son véto en juin 2026. Le promoteur et la municipalité ont deux mois pour exercer un recours. S’il a lieu, l’avis de la commissaire enquêtrice sera pris en compte. Au diable toutes les autres instances consultatives et vive la démocratie !

Papillon (Comité local des Soulèvements de la Terre de Fougères)

 
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