Écologie

Industrie forestière : laisser-nous respirer dans les Pyrénées

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À Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées, le projet de scierie de la multinationale Florian s’inscrit dans une politique forestière destructrice. Des associations réunies dans le collectif Touche pas à ma forêt mènent la lutte.

Dimanche 6 septembre, à l’appel du collectif d’associations Touche pas à ma forêt, près de 500 personnes ont répondu présentes pour participer à une marche en forêt à Lortet dans les Hautes-Pyrénées, contre un projet de scierie industrielle. Ce projet s’inscrit dans le programme national de la forêt et du bois, le cadre national de la politique forestière en France.

L’État, qui démantèle l’Office national des forêts (ONF) depuis plusieurs années, prévoit en effet d’intensifier l’exploitation des « ressources forestières ». Initié par la communauté de communes du plateau de Lannemezan et confié à la multinationale du bois Florian, le projet prévoit l’installation d’une méga scierie industrielle à Lannemezan dont l’objectif est de transformer 50 000 mètres cube par an de hêtre de haute qualité.

Selon le collectif SOS forêt Pyrénées, l’installation d’une telle usine impliquerait de « mettre en vente 350 000 à 400 000 mètres cube de bois, soit plus du double voire du triple de ce qui est pratiqué actuellement ».

L’absurdité de la surexploitation

L’installation de l’usine nécessite un investissement de 11 millions d’euros. D’après SOS Forêt Pyrénées, « le groupe Florian n’apporterait que 40% de cet investissement, le reste étant du financement public ». Socialiser les investissements, privatiser les profits, on connaît le refrain ! Et après le massacre, Florian s’en ira raser ailleurs.

Ce pillage des forêts pyrénéennes pour produire un bois destiné à l’export ne profitera pas aux habitant·es ni même aux professionnel locaux du bois − ce secteur d’activité déjà fragile ne devrait pas y survivre. Les élus, et le maire PS de Lannemezan en tête, s’apprêtent donc à dépenser plus de 6 millions d’euros d’argent public pour créer 25 emplois et engager une surexploitation de forêts déjà fragilisées.

Comme l’ont rappelé des membres du collectif, la forêt n’est pas seulement un puits de carbone permettant de limiter les effets du réchauffement climatique : elle protège les sols de l’érosion, maintient une forte biodiversité, fournit du bois, de la nourriture, des plantes utilisées en médecine, etc. Mais la vision « pragmatique » des tenants du développement durable théorise la valeur économique des « services rendus » par la forêt…

Tant que nous aborderons les choses sous le seul angle économique [1], tant que nous considérerons la forêt et chaque écosystème en terme de filières et produits, tant que nous confierons à d’autres le soin de décider à notre place de l’avenir de nos territoires, nos cris et notre colère resteront vains.

Touche pas à ma forêt organise un week-end de lutte les 10 et 11 octobre dans différents endroits des Pyrénées. Au programme : animations, conférences, et présentation d’un projet alternatif de gestion de la forêt [2].

Manu (UCL Tarbes)

cc Lisa Johson / Pixabay

[1Lire aussi David Graeber : Dette, 5000 ans d’histoire (2013) ou Pour une anthropologie anarchiste (2018)

[2Informations complètes sur le site du collectif touchepasamaforet.com

 
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