Intermittents : « Spectacle annulé ! »

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L’été a été marqué par la lutte des intermittent(e)s du spectacle contre l’accord « Medefdt » réduisant leurs droits aux allocations chômage et cassant leur statut. Retour sur cette lutte qui se poursuit par un camarade au cœur de cette mobilisation.

Trêve estivale annulée ! Le conflit sur les retraites battait encore son plein que déjà, dès le 11 juin, les professions du spectacle se mobilisaient pour défendre leurs conditions d’existence. Mais en fait, la bataille est plus ancienne : en début d’année, des manifestations et occupations avaient lieu, à Paris et dans les autres régions, suite à la publication du rapport demandé par le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon... un ministre toujours rassurant, répétant invariablement son attachement au régime de l’intermittence avec un seuil de 507 heures...

Et encore plus avant, depuis 2000, les « annexes VIII et X » sont le petit village gaulois dans une France occupée par le Pare (Plan d’aide au retour à l’emploi), concocté par le Medef, censé encourager le « plein-emploi », en réalité destiné à précariser au maximum les personnes au chômage et à diminuer les charges des entreprises. Intermittents et intermittentes du spectacle étaient donc depuis longtemps sur la défensive, mais jamais la lutte n’avait pris une telle ampleur !

Contre l’accord Medefdt

Une réforme était nécessaire. Ce système d’indemnisation chômage - qui permet aux gens du spectacle de vivre malgré des salaires souvent médiocres et des heures de préparation, de recherche, d’entraînement, d’écriture, de répétition, sauf exception, non rémunérées - ne répond pas correctement à sa fonction. Notamment parce qu’il est généreux pour les gros salaires et encourage à ne déclarer que 43 cachets sur l’année : il pousse donc à « cumuler » ceux-ci - quand on a déjà la chance d’avoir beaucoup de dates - voire même à ne pas déclarer... ce qui économise les charges sociales à la structure employeur (jusqu’au ministère des Affaires sociales qui emploie des professionnels du spectacle « au black » pour le centenaire des associations en 2001 !). Tout cela en l’absence quasi totale de contrôle ! Du coup, il permet à de grosses structures - en particulier audiovisuelles - de se servir du système pour faire travailler en « permittence » des personnels permanents précarisés dont elles ne déclarent et ne paient qu’une partie des heures, abusant illégalement des Assedic pour assurer un complément de salaire.

Le Medef réclame depuis toujours la mort de ce régime. Il craint qu’il ne devienne un modèle (revendication portée par le Collectif de intermittents et précaires d’Ile-de-France [[Le site du CIP-IdF : http://cip-idf.ouvaton.org]) dans une société où le Contrat à durée indéterminée (CDI) devient denrée rare et le chômage monnaie courante. Mais le pouvoir politique a toujours voulu ménager le milieu culturel souvent subversif et prompt à s’engager dans les révolutions. Les acteurs physiques et institutionnels du spectacle craignaient donc des modifications : passer à 600 ou 700 heures annuelles, l’exclusion de certains métiers... L’attaque fut beaucoup plus forte et perverse ! Dès que l’on connut le protocole du 26 juin - signé par le patronat et des syndicats non représentatifs de la profession dont la CFDT (moins de 5 % des syndiqué(e)s du spectacle... et encore moins maintenant !) - des simulations furent faites par les collectifs qui donnaient comme conclusions : l’exclusion de 35 % des ayant-droit en particulier les plus précaires et du spectacle vivant, baisse globale des indemnités chômage... sauf pour les très gros revenus (les « stars » qui n’étaient jamais indemnisées pourraient l’être !). Enfin, en exigeant une régularité d’emploi, le protocole pérenniserait paradoxalement l’emploi de personnel « permittent » !

Démocratie et action directes

Face à la violence de l’assaut du patronat, des collectifs se créent partout, ils réunissent toute la profession du spectacle (même non intermittente) et le milieu culturel. L’assemblée générale décisionnelle s’y impose - les syndiqué(e)s n’y prenant pas de place déterminante - et des commissions techniques se mettent en place. Très vite il faut trouver d’autres formes de lutte que seulement la manif et la grève : à 57 000 personnes dispersées sur toute la France, on ne fait pas de gros cortèges... quant à décider de ne pas jouer, c’est risquer de perdre un cachet indispensable à l’ouverture des droits. La « culture », c’est aussi un peu l’imagination au pouvoir et c’est tous azimuts que les actions fusent. Actions directes, festives ou non, occupations d’Assedic, de télés, interventions sur les lieux de spectacle, etc. Et puis surtout informer le public, et aussi le « grand public », les médias, et même les politiques dont beaucoup - jusqu’à l’UMP - se positionnent pour nous, démonstration leur étant faite qu’on ne résoudrait pas ainsi le « déficit » prétexte à la réforme. Confronté à nos arguments, même le ministre, manifestement incompétent, réclame d’infimes corrections au texte, et même la CFDT finit par s’inquiéter de ce qu’elle a signé !

Ce n’est qu’un début

Dès le début du mouvement, la conscience est là, qu’au-delà de l’idée d’une « certaine culture », il s’agit de la question d’un « choix de société ». Les enseignant(e)s, sorti(e)s groggy de trois mois de lutte, eux/elles qui s’étaient fait « piéger par le bac », vinrent très vite nous soutenir et nous féliciter d’avoir tenu même jusqu’à l’annulation des festivals. Avignon, Chalon, les Francofolies et d’autres sont tombés : mais que sont/ seront-ils/elles sans l’intermittence ? La rentrée culturelle est compromise et les scènes nationales ne rouvriront peut-être pas. Mais la lutte continue, plus déterminée que jamais depuis la signature assassine par Fillon de l’agrément de l’accord Medef-CFDT, et d’ores et déjà les ponts se mettent en place, notamment depuis le Larzac, pour « qu’interluttant » ensemble par l’interpro et avec le mouvement social, on puisse mettre enfin un terme à la politique de régression-répression dictée par la « France d’en haut » aux ordre du Medef.

A.D. (syndiqué SUD Culture)

 
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