Iran : Une lutte pour redonner le pouvoir au peuple

Les soulèvements récents en Iran ont mis à mal le régime de la République islamique. Pour nos camarades d’Anarchist Front en Iran, qui ont rédigé ce texte, il faut désormais appliquer les stratégies issues de l’anarcho-syndicalisme pour s’attaquer aux racines des problèmes rencontrés par le peuple sans laisser la place aux intérêts impérialistes de s’implanter dans le pays.
Les manifestations de 2025-2026 en Iran soulignent les vulnérabilités structurelles de la République islamique qui trouvent leur origine dans des décennies de mauvaise gestion économique, de sanctions internationales et de gouvernance autoritaire. L’effondrement du Rial, exacerbé par la corruption, les subventions accordées aux milices étrangères et l’isolement des marchés mondiaux, a érodé la confiance du public, transformant les difficultés quotidiennes en un catalyseur d’une dissidence plus large. Contrairement aux manifestations de 2022, déclenchées par un seul incident [1], ce soulèvement s’appuie sur des griefs socio-économiques généralisés, amplifiant sa portée dans les bazars urbains, les provinces rurales et les universités. La réponse du régime, qui s’appuie sur la force brute du CGRI [2] et du Basij [3], a alimenté l’escalade, comme en témoignent les affrontements armés et la formation de milices. De plus, la persistance des manifestations malgré la répression met en évidence un changement : les Iraniennes et Iraniens semblent moins craintifs, leurs slogans évoluant de revendications économiques à des appels explicites au changement de régime. Cependant, la fragmentation du leadership et le soutien international limité pourraient nuire à la durabilité du mouvement, car l’attention de l’Occident reste divisée. Si rien n’est fait, cela pourrait conduire à un point de bascule, similaire à la chute de la Syrie en 2024. Dans l’ensemble, les troubles révèlent l’incapacité de la théocratie à s’attaquer aux causes profondes telles que la corruption et les inégalités.
L’anarcho-syndicalisme, qui met l’accent sur l’auto-organisation des travailleurs et travailleuses, l’action directe et l’abolition des structures hiérarchiques, offre à la population un cadre pour démanteler les racines de la corruption et de l’oppression dans la République islamique.
Les solutions anarcho-syndicalistes
Cette perspective considère l’État et ses alliances théocratiques-capitalistes comme intrinsèquement exploiteurs, perpétuant les inégalités par le contrôle du travail, des ressources et la répression. Les stratégies-clés comprennent la promotion de syndicats de travailleurs et travailleuses indépendants – libres de tout contrôle étatique ou religieux – afin de coordonner des grèves générales dans des secteurs tels que les bazars, les raffineries de pétrole et les services publics. Celles-ci pourraient paralyser l’économie en retirant la main-d’œuvre des institutions corrompues et en la réorientant vers les besoins de la communauté, tels que les réseaux d’entraide pour la distribution alimentaire et les collectifs d’autodéfense. Grâce à des assemblées horizontales, les participantes pourraient pratiquer la démocratie directe en formant des conseils qui relient les commerçants et commerçantes de la ville aux agriculteurs et agricultrices de la campagne et aux étudiants et étudiantes, rejetant le leadership descendant pour éviter la cooptation.
Des actions directes, telles que l’occupation des lieux de travail et des espaces publics, remettraient en cause l’autorité du régime sans recourir à des interventions extérieures, qui renforcent souvent l’impérialisme. En cultivant la solidarité entre les ethnies et les classes sociales, ces efforts pourraient éroder la base du CGRI en faisant appel aux soldats désabusés en tant que collègues de travail. En fin de compte, l’objectif est une société sans État où la production est gérée collectivement, éliminant les fondements de la corruption grâce à des fédérations volontaires qui privilégient la libération humaine plutôt que le profit ou le dogme.
Une histoire pavée de contradictions
La position de l’Iran dans ce paysage est celle d’un champ de bataille contesté, incarnant la résistance à la domination occidentale tout en étant empêtré dans des orbites impériales rivales. La République islamique se positionne comme un rempart contre « l’ordre impérialiste atlantique », s’alignant avec la Russie et la Chine dans des groupes tels que les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai pour remettre en cause les sanctions et l’isolement imposés par les États-Unis. La rhétorique anti-impérialiste de l’Iran s’inspire de la révolution de 1979 qui a renversé la monarchie soutenue par les États-Unis et présenté le nouveau régime comme un défenseur contre l’héritage colonial. Cependant, cette position masque des contradictions internes : l’autoritarisme théocratique, la mauvaise gestion économique et les guerres par procuration (comme en Syrie ou au Yémen) servent d’outils d’influence régionale, souvent au détriment des libertés intérieures, faisant écho aux tactiques coloniales de division pour mieux régner.
Les soulèvements populaires actuels s’inscrivent dans ce cadre en tant que rébellions populaires contre l’oppression intérieure et les pressions impérialistes extérieures. Les revendications des manifestants et manifestantes en faveur d’un changement de régime (« Mort à Khamenei ») soulignent à quel point la défiance de l’Iran envers l’impérialisme états-uniens s’est transformée en un outil de répression interne, où l’anti-impérialisme devient un « impérialisme des imbéciles » qui justifie la corruption et les inégalités. Ces soulèvements font écho aux cycles historiques de la résistance iranienne, de la révolution de 1979 aux manifestations de 2022 en faveur de Mahsa Amini. Mais dans un contexte multipolaire, ils risquent d’être récupérés par des puissances concurrentes. La Russie et la Chine soutiennent le régime par le biais des armes, du commerce et de la couverture diplomatique afin de contrer l’influence états-unienne. En face, l’Occident amplifie les manifestations pour justifier des sanctions et une intervention potentielle, les présentant comme une lutte libérale et démocratique plutôt que comme une lutte de classe ou anticolonialiste. Cette dynamique illustre le colonialisme multipolaire : la souveraineté de l’Iran est érodée non pas par un seul empire, mais par un réseau d’intérêts rivaux où les luttes populaires deviennent des pions dans les jeux des grandes puissances, marginalisant la véritable autodétermination.
Anarchist Front (Iran), traduit et édité par la commission Relations internationales de l’UCL





