Islande : Kvennaár, 50 ans plus tard, la lutte continue

L’automne dernier, Reykjavík a accueilli la mobilisation anniversaire de la première grève féministe massive du pays. 50 ans après la lutte exemplaire des femmes islandaises qui a transformé les politiques sociales et fait de l’Islande un des pays considéré aujourd’hui parmi les plus égalitaires du monde. Une nouvelle journée de grève nationale a eu lieu à l’appel de 54 organisations aux revendications féministes toujours d’actualité.
Le 24 octobre 2025 s’est déroulée à Reykjavík (Islande) une grève générale des femmes et des personnes non-binaires afin d’alerter sur leur statut. Cette mobilisation nommée Kvennaár (« année des femmes ») avait un double but : commémorer la première grève générale féministe de 1975 et mettre en lumière ce qui reste à accomplir.
Le 24 octobre 1975 prenait place la première grève générale des femmes – Kvennafrídagurinn – en Islande. Ce jour-là, près de 90 % des 220 000 femmes que compte le pays ne se rendirent pas au travail et réalisèrent une grève domestique massive. L’industrie de la pêche du pays fut paralysée pour la journée, les femmes y étant alors la majorité des employées. D’autres secteurs comme les écoles, les crèches, les grands magasins et centres culturels (cinémas, théâtres...) furent également fermés. La journée devient celle « où les enfants se rendirent au bureau », les hommes étant contraints de s’en occuper. Le jour même, 25 000 femmes se retrouvèrent au centre de la capitale pour une manifestation, la plus grande que l’Islande ait connue à cette date.
Les revendications étaient alors, entre autres, une égalité des salaires (les femmes gagnant en moyenne entre 60 et 75 % du salaire masculin à poste égal), une représentation à l’Alþýðusamband Íslands (principale centrale syndicale), une opposition à l’antienne hún gerir ekki neitt, hún er bara heima (« elle ne travaille pas, elle est juste à la maison »), et au patriarcat professionnalisé (le fait d’être un homme compte plus que les diplômes lors de l’embauche) [1].
Tous les dix ans, à la date anniversaire du 24 octobre, les femmes quittent leur emploi plus tôt, l’horaire de départ étant calculé par rapport aux avancées de la condition des femmes. En 2023, 100 000 femmes avaient pris part à la grève. Le 24 octobre 2025, commémorant les 50 ans de la mobilisation initiale, une série de manifestations étaient prévues. Aucun chiffre quant au nombre de personnes ayant pris part à ces mobilisations n’est pour l’instant disponible, mais il est à supposer qu’elle fut largement suivie. En 2025, les revendications initiales n’ont que trop peu changé, mais d’autres viennent s’y ajouter : éducation obligatoire sur les questions de genre (notamment sur les violences sexistes et sexuelles), meilleure reconnaissance des personnes LGBTI, meilleure rémunération du congé maternité, etc [2].
La rémunération des femmes et personnes non-binaires en Islande est toujours d’environ 21 % de moins que celle des hommes, soit uniquement 5 points de plus que cinquante ans en arrière, et le nombre de violences sexistes et sexuelles ne fait qu’exploser. Partout, les inégalités se creusent et la violence patriarcale est omniprésente. Toutes et tous, ripostons par la grève générale !
Rudy (UCL Caen)





