Antifascisme

Israël : Aux racines de l’extrême droite sioniste




D’où provient cette extrême droite israélienne dont les membres officient dans le gouvernement Netanyahou et exécutent le génocide ? Panorama sur ces mouvements, leurs histoires, leurs filiations dans les métropoles coloniales et avec le sionisme.

Aux origines de la droite sioniste il y a Vladimir Jabotinsky, juif russe qui rejoint le mouvement sioniste en 1903. Durant la Première Guerre mondiale, il fonde des divisions de bataillons juifs où il sera lieutenant, puis sera élu à l’organisation sioniste mondiale en 1921. Il s’opposera au retrait de la Transjordanie de la zone du « foyer national juif »  [1] pouvant accueillir des colons juifs, ratifié par Chaïm Weizman alors à la tête de l’Organisation sioniste mondial (OSM). Il quitte en 1923 la direction de l’OSM et théorise la création d’une « muraille d’acier », à savoir une légion armée juive pour s’opposer aux arabes, convaincu que le rachat des terres ne suffira pas pour s’imposer et que la population palestinienne résistera. Il fonde le Parti révisionniste en 1925 au quartier latin, qui défend la création d’un État juif sur les deux rives du Jourdain, ­ainsi que le libéralisme économique et la démocratie.

Les premiers groupuscules fascisants

C’est depuis les rangs du parti révisionniste que sera créé l’Irgoun (ancêtre du Likoud) durant la révolte palestinienne de 1936-1939. Autour du parti vont commencer à naître des mouvements et milices à tendance fasciste comme le groupe Brit Ha’birionim, groupe sioniste créé en 1931 dont le chef, Haba Haïmer, considère qu’il y a du « bon » chez Hitler. Jabotinsky, malgré cela, ne rompra jamais avec lui. Entre rejet et admiration pour Mussolini, Jabotinsky crée en 1934 avec l’aval du Duce la Betar Naval Academy qui participe à la guerre italo-éthiopienne.

Légende : La LDJ est une organisation anti-arabe, islamophobe, raciste et fasciste.
Source : Wikimedia/Zantastik

Les milices de l’Irgoun et du Lehi/groupe Stern (scission de l’Irgoun) font la guerre aux britanniques durant la Seconde Guerre mondiale pour combattre le Livre blanc britannique de 1939 qui limite l’immigration vers la Palestine. Pour cela, le Lehi reprend certaines thèses du Brit Ha’birionim et va jusqu’à rencontrer des émissaires du Reich pour proposer une collaboration aux nazis contre les britanniques  [2]. Ils commettent moult attentats, celui de l’Hôtel King David en 1946 étant le plus meurtrier, et assassinats comme celui du ­comte Bernadotte (alors que leur leader Ytzak Shamir, futur Premier ministre et tous leurs héritiers se proclameront ensuite champions de la lutte contre le terrorisme). Durant la Nakba, les milices de l’Irgoun et du Lehi participent à de nombreux massacres, notamment celui de Deir Yassine qui participe à accélérer l’expulsion des Palestiniens et Palestiniennes. L’Irgoun a toujours considéré le retrait de la Transjordanie de leur appétits territoriaux comme un troc constituant déjà la création d’un État palestinien…

Conquête progressive du pouvoir

Depuis la Guerre des Six Jours et le début de la colonisation des territoires occupés, le mouvement sioniste religieux, jusque-là groupusculaire, n’a cessé de grandir, appuyé par les gouvernements de la gauche sioniste pour impulser la colonisation.

Légende : Le 22 juillet 1946, pendant le mandat britannique sur la Palestine dans l’hôtel King David, des membres de l’Irgoun déguisés en employés arabes de l’hôtel y entrent avec des explosifs cachés dans des bidons de lait et font les exploser.
Source : DR

Les tendances de l’extrême droite actuelle sont divisées entre tendances laïques et religieuses. Ils ont en commun de réclamer le transfert des Palestiniens et Palestiniennes de 1948 (qui sont citoyens et citoyennes israéliennes), perçues comme une cinquième colonne, menaçante démographiquement. Au début des années 2010, Israël Beytenou (« Israël notre maison ») d’Avigdor Lieberman, parti d’extrême droite laïque, participe à plusieurs coalitions gouvernementales avec Netanyahou, et son chef de file devient ministre des Affaires étrangères en 2016. Il est favorable à des transferts de territoires aux Palestiniens et Palestiniennes pour maintenir la démographie juive. Ce n’est pas le cas du « Foyer juif », parti des colons sionistes religieux, qui a fusionné dans le « Parti national religieux » dont est issu Bezalel Smotrich, actuel ministre des Finances et de la Défense, qui a derrière lui les revanchards qui ont toujours refusé l’évacuation de Gaza décidée par Ariel Sharon en 2005. Ce sont les partisans de toutes ces mouvances qui mènent la guerre génocidaire à Gaza, et qui ont bloqué les convois d’aide humanitaire. Ils se retrouvent dans ­l’idéal du « Grand Israël » qui inclut l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, ainsi que le transfert des Palestiniens et Palestiniennes. Le mouvement « Force juive » né en 2012, après un score surprise en 2022, s’allie avec le Likoud, et son dirigeant Itamar Ben-Gvir devient ministre de la sécurité nationale. Il est issu d’un des mouvements les plus radicaux, le kahanisme (de son fondateur Meir Kahane), courant dont est issu Baruch Goldstein, responsable du massacre d’Hébron en 1994, qui fait 29 morts. Certains des plus intégristes considèrent Eretz Israël comme allant du Nil à l’Euphrate, selon la zone de peuplement biblique, horizon parfois repris, y compris par Netanyahou…

L’extrême droite sioniste hors de l’occident

Meir Kahane fut le fondateur en 1968 au États-Unis des Ligues de défense juive (LDJ), considérées comme terroristes et interdites en Israël et aux USA. Celle fondée en France n’a jamais été interdite et elle a parfois collaboré au Service de protection de la communauté juive (service d’ordre du CRIF)  [3]. Beaucoup de leurs membres participent aux génocides en cours, vont volontairement faire leur service militaire dans Tsahal en territoire occupé ou s’installent dans les colonies. En France, la LDJ a tissé, dans les années 2000-2010, des liens avec les Identitaires, Riposte laïque et le Front national…

Aux États-Unis, les sionistes chrétiens (historiquement mouvement protestant dit « restaurationiste » qui comptera des acteurs importants du développement du projet sioniste comme William Hechler  [4] et Lord Balfour) issus de courants évangélistes conservateurs, ont tissé des liens depuis longtemps avec Israël dès les années 1970, notamment le télévangéliste Jerry Falwell avec Menahem Begin, ancien Premier ministre. Elles-mêmes antisémites, ces collectivités sionistes chrétiennes seront très présentes autour de Bush au début des années 2000, lors de son alliance avec le Premier ministre israélien Ariel Sharon dans le cadre de la « guerre au terrorisme », reprenant la théorie du choc des civilisations toujours utilisée par Netanyahou aujourd’hui, et permettant les ponts entre droite et extrême droite dans le monde entier. Les alliances de Trump avec ces courants sionistes chrétiens s’inscrivent dans cette continuité.

Le fascisme, toujours des racines coloniales

Mais comme on l’a vu, la matrice de toutes ces tendances fascisantes sont issues du sionisme colonial initial. Si elles sont opposées aux tendances de ­gauche sur les choix économiques ou sur les méthodes, le même fond colonial est partagé, celui d’un État où les juifs doivent rester majoritaires, qui se pense avant-garde de la civilisation et où les implantations coloniales ne sont pas remises en cause. Le parti travailliste et la droite ont bien souvent collaboré aux mêmes crimes dans l’Histoire (répression de la grève générale palestinienne de 1936  [5], Nakba...) et encore aujourd’hui (Yaïr Golan, chef du Parti travailliste et général, participe au génocide actuel, et a déclaré le 13 octobre 2023 « tant que les otages ne sont pas libérés, vous pouvez mourir de faim, c’est tout à fait légitime »).

Légende : La Betar Naval Academy est une école navale juive établie à Civitavecchia en 1934 par le mouvement sioniste révisionniste sous la direction de Vladimir Jabotinsky (au centre avec une canne), avec le soutien de Mussolini.
Source : Bureau de presse gouv. Israélien

L’extrême droite israélienne n’est donc pas seulement le résultat d’idéologies conservatrices mais d’un régime politique, le sionisme, qui a les coudées franches avec les impérialistes occidentaux. Si des français de la LDJ peuvent s’installer dans les colonies et faire leur service dans une armée d’occupation depuis des décennies, c’est grâce à la tolérance de l’État français. Si les religieux évangélistes peuvent financer une colonisation à plus grande ampleur que l’État israélien lui-même, c’est grâce au laisser-faire impérialiste.

Les fascismes doivent se combattre par une solidarité anticoloniale et anti-impérialiste assumée. L’antisionisme relève de cet anticolonialisme : le sionisme n’est pas un projet d’autodétermination ou de libération comme on l’entend parfois à gauche, mais un régime colonial, nationaliste et racial. Le problème ce n’est pas uniquement l’extrême droite israélienne, mais le régime colonial et d’apartheid dont elle est le produit – sa forme la plus brutale, pas une anomalie.

Nicolas Pasadena (commission Antiracisme de l’UCL)

[1Décrété lors de la proclamation Balfour de 1917 par le Foreign Office britannique.

[2«  1940-1941 : La douteuse philosophie de M. Itzhak Shamir  », Le Monde diplomatique, décembre 1983.

[3 «  Nous sommes la version hard, ils sont la version soft [...] des gens comme le vice-président du CRIF, sont très proches de nous. Ils nous aident même financièrement  ». «  La LDJ, une “milice” controversée  », Dernières nouvelles d’Alsace, 30 juillet 2014.

[4Chrétien restaurationiste, ami et conseillé de Théodore Herzl, ce missionnaire polyglotte utilisera son réseau diplomatique pour lui permettre de rencontrer divers potentats européens (Le Kaizer Guillaume II, le Tsar de Russie, ect.) afin de leur «  vendre  » le projet sioniste.

[5La Histadrout, syndicat sioniste créé par David Ben Gourion, conjointement à l’Irgoun, tentera de casser la grève générale palestinienne de 1936.

 
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