Journée syndicale : Le onze de départ

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Les organisations syndicales comme les secteurs combatifs pressentaient un 11 octobre contre l’austérité en demi-teinte. 270 000 personnes sont pourtant sorties dans la rue. Un potentiel très fort, pour peu qu’on veuille l’exploiter.

Si l’on rappelle brièvement les circonstances qui ont présidé à la mobilisation du 11 octobre, et le fait que cette journée ne s’accompagnait d’aucune perspective d’action, le bilan n’est pas si mauvais. Après le manque de conviction et la division de l’intersyndicale (refus d’appeler à la grève de la CFDT et de l’Unsa), cette date a pâti d’une division professionnelle, puisque les enseignants et les enseignantes avaient déjà manifesté le 27 septembre, de même que les retraité-e-s, puis les précaires et privé-e-s d’emploi, respectivement les 6 et 8 octobre. Autant de particularismes, là où les revendications concernent toutes et tous les salarié-e-s, dit assez l’inanité d’un travail interprofessionnel, et c’est l’atomisation qui prévaut pour le moment.

On regrette d’autant plus cette mauvaise stratégie syndicale que le 11 octobre a exhibé des cortèges plutôt dynamiques, et surtout largement marqués par la présence des travailleurs et travailleuses du secteur privé, venus pallier une mobilisation plus faible du secteur public sinon du côté des territoriaux.

On peut expliquer cette évolution par le travail effectué par la CGT en direction du privé, qui a pris de nombreux contacts lors de diffusions, de tracts notamment dans les TPE et les PME, et qui de fait emmenait très largement les cortèges. De son côté, Solidaires qui s’apprête à mener campagne sur les salaires dans le privé et le public a pâti de ses moindres forces militantes. L’intersyndicale, divisée au niveau national et dont les déclinaisons locales n’ont pas réellement pris le relais pour pousser à l’action interprofessionnelle, n’a pas joué son rôle fédérateur. Au passage, soulignons que les divisions au niveau des confédérations profitent largement à la CGT.

[*Des revendications liées à chaque entreprise*]

Côté revendications, on notera une faiblesse des contenus revendicatifs qui se construisent autour de la dette, qui touche peu ou prou la CGT comme Solidaires, malgré l’importance de cet axe pour la conviction des travailleuses et des travailleurs. Par exemple, il importe de remettre en question les fameuses « dix propositions » de la CGT [1]. Or dans beaucoup de secteurs, la colère des salarié-e-s n’aboutit pas pour autant à une foi en la victoire d’une mobilisation sur un sujet si complexe, et qui est déterminé par l’échelon européen et au-delà encore par la concurrence mondiale. C’est pourquoi on a pu remarquer une tendance large, au sein de la CGT, à des revendications particulières portées par des entreprises en pleine mobilisation – les Fralib, les Fondeurs du Poitou, ceux de Still, de Goodyear, de Sovab…– et qui se servaient des mots d’ordre généraux de la CGT. On peut donc penser qu’à ce jour, le lien entre situation quotidienne et revendications de l’ordre d’une transformation sociale n’est pas encore suffisamment exploité et diffusé par les syndicats de lutte, la CGT ne dérogeant pas à la règle. Même constat à l’échelle de secteurs professionnels entiers : dans l’enseignement, la FSU semble avoir largement misé sur le 27, mouvement spécifique, au détriment du 11, temps interprofessionnel.

On doit sûrement voir dans les élections professionnelles la raison principale de ce repli des syndicats sur leurs professions. Mais pour retrouver l’indispensable élan d’ensemble, c’est tout un travail d’unification des revendications des différents secteurs et de convergence des luttes au sein d’un même secteur qu’il faut mener, et pour cela la base n’a rien à attendre des instances nationales, il faut qu’elle s’y mette.

Secrétariat d’intervention entreprises d’AL

[1A ce sujet, voir l’article du blog des communistes libertaires de la CGT : communisteslibertairescgt.over-blog.net

 
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