La guerre de classe est déclarée

Justice sociale !

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Pour répondre à la révolte des quartiers populaires, le gouvernement Villepin prolonge l’état d’urgence décrété par la loi d’exception du 3 avril 1955. Cette loi avait été initialement appliquée entre 1955 et 1962 du temps de la guerre d’Algérie, puis en 1984-1985 en Nouvelle-Calédonie, pour mater la rébellion indépendantiste du peuple kanak.

Comme aux Minguettes en 1981, à Vaulx-en-Velin en 1990, à Mantes-la-Jolie en 1991, à Sartrouville en 1991, à Dammarie-les-Lys en 1997, à Toulouse en 1998, à Lille en 2000, c’est à la suite de la mort de l’un ou plusieurs des leurs que les jeunes gens des quartiers populaires se révoltent. Le détonateur à Clichy a été que la police ait laissé mourir deux adolescents. Un troisième mineur est toujours grièvement blessé. Le ministre de l’Intérieur, coutumier du genre, a immédiatement persisté dans ses propos mensongers, méprisants et stigmatisants, participant ainsi à une « stratégie de la tension » dangereuse.

Etat d’exception

La loi sur l’état d’urgence prévoit, sur simple décision administrative, un arsenal liberticide : couvre feux, perquisitions de jour et de nuit, tribunaux d’exception, interdiction de rassemblement, fermeture des cinémas, des théâtres, des cafés, des lieux de réunion, mais aussi contrôle de la presse écrite et radiophonique.

Le gouvernement expulse également les étrangers en situation régulière liés aux évènements, et suspend les allocations familiales des familles concernées. Cet état d’urgence devait initialement durer au maximum 12 jours, mais le gouvernement va le prolonger pour trois mois à partir du 21 novembre.

Nous sommes toutes et tous concerné-es

Il n’y a pas de « eux » et « nous ». Ces jeunes sont nos enfants, nos voisins, et par conséquent nos frères de classe. C’est pourquoi les habitants des quartiers populaires comprennent, dans une grande majorité, les motifs des jeunes gens qui s’affrontent aux forces de l’ordre et produisent le désordre pour répondre à celui qui leur est infligé. Même si des agressions ont eu lieu contre des personnes - actes que nous déplorons -, personne ne peut nier le peu d’atteintes aux personnes au regard du grand nombre de départs de feux. Il y a du sens dans cette révolte. Elle s’exprime vers ceux qu’ils estiment responsables entre autres du contrôle social subi, et vers les institutions présentes dans les quartiers : écoles, commissariats, locaux d’entreprises installées dans les zones franches - exonérées d’impôts en échange de création d’emplois dans les quartiers mais qui préfèrent embaucher ailleurs -, trésorerie principale, ANPE, bus et ... aussi les voitures de leurs voisins. On détruit dans son quartier parce que c’est celui des repères quotidiens, parce que c’est là où la violence sociale s’exerce.

En tout cas, ces jeunes gens, dont les perspectives d’avenir ne sont que chômage et précarité et que l’on disait individualistes et consuméristes à outrance, font ici preuve d’une unité qui s’affirme partout en France. On ne peut leur dénier un début de conscientisation politique.

Pas de justice, pas de paix

Dans les quartiers populaires, les habitant(e)s vivent constamment dans la peur, pour eux ou leurs enfants, des contrôles d’identité humiliants, des arrestations arbitraires, des passages à tabac impunis, et des inculpations pour « outrage et rébellion » frauduleuses afin de satisfaire à la « politique du chiffre ». L’affrontement avec les forces de répression est plus que légitime quant on connaît la violence, la corruption, l’abus de pouvoir qui sont pratiqués au quotidien dans certains quartiers par les dépositaires de l’ordre. Les rapports officiels récents eux-mêmes insistent sur cet accroissement du non-respect de la loi par ses principaux dépositaires. Quant à Chirac, il parle de responsabiliser les familles. Quel cynisme quand on connaît les difficultés des parents qui doivent travailler pendant que leurs enfants sont à la maison !

Qu’est ce que ce « devoir républicain » asséné par les bien pensants ? Celui d’être des français de seconde zone parce que vivant dans des quartiers de relégation ? Celui de ne pas être français avant d’en faire la demande à 18 ans et de ne pouvoir l’être si on a commis des erreurs de jeunesse ? Celui d’être constamment soumis à la discrimination à l’embauche, au logement etc. Les habitants des quartiers populaires sont victimes de ségrégation sociale et désignés par la classe politique comme nouvelles « classes dangereuses ». Tout se joue à la couleur de peau, à la sonorité du nom, ou au quartier où tu habites. Ca ne pouvait plus durer.

Qui sont les voyous ? A qui profite le crime ?

Qui pratique la violence et l’insécurité à longueur de temps et dans tous les domaines de notre vie ? Certainement pas les principales cibles de l’ordre sécuritaire : sans papiers, mal logés, travailleurs en lutte, chômeurs sanctionnés, syndicalistes, jeunesse précarisée etc., qui luttent contre cette violence sociale pratiquée par le patronat et l’Etat. Qui sont les casseurs de l’éducation nationale ? Qui sont les casseurs des services publics ? Qui sont les casseurs des régimes de retraites ? Qui sont les casseurs de la sécurité sociale ? Qui sont les casseurs de nos libertés ? Et de quelle sécurité parle-t-on ? En 2003, en France, l’INRS a dénombré 721 227 accidents du travail dont 48 774 arrêts permanent et 661 décès. Verra t’on l’Etat envoyer le GIGN contre le patronat ? Et que dire de la répression assénée contre celles et ceux qui luttent avec les moyens légaux ou dans l’action directe : la grève de la RTM déclarée illégale, les faucheurs volontaires d’OGM criminalisés, les lycéen-nes en lutte au printemps dernier envoyés en prison, les marins de la SNCM et les postiers à qui on envoie le GIGN, les squatters qui tentent de vivre autrement, et maintenant des émeutiers qu’on criminalise par une justice expéditive pour alimenter la machine pénitentiaire et son programme de 28 prisons à construire. En jouant avec le feu, dans la continuité de la politique sécuritaire du gouvernement du PS-PC-Verts, le gouvernement Villepin nous expose à un scénario-catastrophe du type 21 avril 2002. L’extrême droite se pose d’ores et déjà en alternative.

Et maintenant ?

Aujourd’hui, on paie la disparition des mouvements politiques dans les quartiers populaires. Les 100 millions d’euros promis aux associations ne suffiront pas. L’urgence sociale est présente depuis trop longtemps, et l’état d’exception nous presse. Seuls le long terme et la reconnaissance que les habitants peuvent prendre leurs affaires en mains permettront d’élaborer un projet de société différent.

Nous réclamons :
- la mise en cause des policiers dans le drame de Clichy
- l’abandon des poursuites judiciaires contre les émeutiers et l’amnistie de ceux qui ont été condamnés
- le retrait des forces de répression des quartiers
- l’indemnisation par l’Etat des biens des particuliers détruits ou endommagés - l’abrogation de l’état d’urgence et celle des lois sécuritaires de droite et de gauche (la démission de Sarkozy ne suffit pas)
- l’accès de toutes et tous à la santé, l’éducation, l’emploi, le logement donc à la justice sociale

Flics, politiciens, patrons, qu’ils s’en aillent tous !

 
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