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Kurdistan turc : Le pari risqué de la paix




Après des gestes purement symboliques, une loi vient d’être votée en Turquie pour mettre fin à la guerre entre l’État et la guérilla du PKK. Ce cadre de paix est une stratégie de la gauche kurde, mais ce n’est que le début d’un processus qui peut tourner à son désavantage.

En ce mois d’août, a été votée puis ratifiée en Turquie la « loi pour renforcer la solidarité nationale et la cohésion sociale ». Cette loi vise à mettre fin au conflit entre le parti révolutionnaire kurde du PKK et l’État turc. Elle intervient plus d’un an après l’appel pour la paix d’Abdullah Öcalan, leader politique du mouvement kurde, depuis sa cellule sur l’île-prison d’Imrali, suivi d’un désarmement ainsi que d’une dissolution symbolique du PKK.

Cette loi offre essentiellement un cadre qui permet de mettre fin à la guerre. Cela inclut, entre autres, la situation des prisonniers et prisonnières politiques kurdes accusées de « terrorisme » et le retour des combattants et combattantes à la vie civile, le tout sous la supervision d’un comité d’observation et de coordination. Les condamnées pourront voir leurs cas réexaminés et voir leurs sentences « reportées » puis annulées si aucune nouvelle infraction n’est commise lors de cette période de report. Il s’agit ­d’une sorte d’amnistie générale très conditionnelle et très fragile qui concernerait près de 80 000 personnes. Si la plupart des décisions seront dans le giron de la justice, le cadre de la loi et du comité laisse une place pour l’implication de l’exécutif. Il n’y a surtout aucune garantie que les lois anti-terroristes, particulièrement larges en Turquie, ne seront pas à nouveau appliquées contre l’opposition kurde.

Enfin, la loi ne prévoit rien concernant les problématiques qui ont causé le conflit : l’effacement d’un peuple, sa langue, sa culture, la spoliation de ses terres par un État autoritaire et centralisateur. Le parti DEM, parti institutionnel de la gauche kurde, a annoncé que cette loi n’était qu’une première étape. L’objectif est d’en finir avec le contre-terrorisme comme mode de gouvernement du Kurdistan. Cela freine l’activité politique, mais surtout, cet état de guerre perpétuelle en Turquie renforce l’autoritarisme de l’État. La paix n’est donc qu’une première pierre de la démocratisation de la Turquie dont la finalité serait un changement constitutionnel capable d’apporter une solution durable aux problèmes des Kurdes de Turquie.

Les dangers d’une paix injuste

Cette loi a été votée unanimement par la droite. L’AKP du président Erdoğan l’a désigné comme un pas décisif vers une Turquie « sans terrorisme » et l’ultranationaliste MHP la voit comme une nécessité pour mettre fin à ce qu’ils appellent « le front intérieur » dans un contexte plus large de conflit au Moyen-Orient. Pour de nombreux acteurs, dont l’extrême-gauche turque, ce processus de paix est une manière pour Erdoğan de préparer les élections présidentielles à venir en désamorçant les possibilités d’alliance entre les forces d’opposition kémalistes et kurdes, ainsi qu’en se présentant comme celui qui a réglé la question kurde aux yeux du public.

Cette loi est un premier acte concret de la part de l’État turc, mais la route vers la paix est loin d’être assurée. En tant que révolutionnaire, il est difficile d’observer ce processus réformiste avec la certitude que les aspirations démocratiques et culturelles kurdes seront possibles au sein d’un État qui malmène par tous les moyens ses oppositions. Les aspirations à la paix sont légitimes, mais seul le temps nous dira si elle aura eu l’impact transformateur espéré en Turquie et, au-delà, au Moyen-Orient.

Corentin (UCL Kreiz-Breizh)

 
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