L’impasse afghane (6/6) : Qui sont les rebelles afghans ?

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On s’aperçoit maintenant que la résistance afghanne, loin d’être limitée à un motif religieux, prend de plus en plus la forme d’une résistance nationale contre une armée d’occupation.


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En 2007, le Conseil de Senlis, un think tank contractuel de l’Otan sur les questions notamment de sécurité dans les zones de conflit, déclarait dans un rapport que le terme « taliban » était à tort attribué à tous les insurgés combattant les forces gouvernementales et étrangères en Afghanistan. De manière générale, les combattants peuvent être catégorisés en deux principales tendances. Tout d’abord, les talibans et leur conception dogmatique et brutale de l’Islam, dont les combattants sont principalement des Pakistanais et des Afghans réfugiés au Pakistan. Ils sont généralement liés aux talibans officiels, c’est-à-dire à l’organisation politico-religieuse ayant pris le pouvoir en 1996 appuyée par les États-Unis et le Pakistan. Puis, dans l’autre tendance, qui est de loin la plus importante, on trouve pêle-mêle une multitude de factions : des chefs de guerre, des trafiquants de drogue et de simples individus motivés par des intérêts politiques ou économiques [1].

Du combat religieux à la lutte de libération nationale

La précarité économique et les conditions de vie de plus en plus difficiles, en grande partie imputables à l’occupation étrangère, ont convaincu un grand nombre d’Afghans de la nécessité de prendre les armes. Le rapport du Conseil de Senlis rapporte d’ailleurs que plus de 80 % des combattants interviewés avouaient combattre pour la solde, qui atteint 450 euros par mois dans les milices insurgées, alors qu’en comparaison, celle des policiers et des soldats de l’armée régulière ne dépasse pas les 50 euros [2]. Par ailleurs, un mouvement de libération nationale, similaire à celui qui a combattu l’Armée rouge pendant plus de dix ans, est actuellement en pleine résurgence. En 2007, un porte-parole du gouvernement pakistanais rapportait que les talibans obtenaient de plus en plus le soutien de la population civile afghane. Un soutien qui ne serait plus dû à la radicalisation de l’islamisme dans la population mais bien au caractère de lutte de libération nationale que prend de plus en plus la guerre contre les forces de la coalition [3]. L’une des forces des talibans est d’avoir peu à peu abandonné leur discours djihadiste et fondamentaliste afin de présenter leur guérilla comme une guerre de libération nationale, discours beaucoup plus mobilisateur. Une situation en tout point similaire à celle de l’occupation soviétique, qui provoqua l’unité entre les différentes factions fondamentalistes rivales sur la question de la libération nationale, jusqu’à la mise en déroute en 1989 de l’Armée rouge.

De l’occupation soviétique à celle de l’Otan, toutes deux justifiées sous le prétexte de libérer le peuple afghan du joug des fondamentalistes, les résultats sont les mêmes, c’est-à-dire une double oppression du peuple afghan poussant la population à prendre les armes.

La libération sera afghane ou ne sera pas

Dans les deux cas, les factions les plus réactionnaires ont pu se mettre à l’avant-plan de la lutte contre les envahisseurs sous des prétextes fallacieux de libération nationale. L’Otan, tout comme l’URSS, ne pourra gagner cette guerre. Ce ne sont ni les talibans, ni une puissance impérialiste étrangère, qui pourront libérer le peuple afghan de l’oppression. La liberté des Afghans ne pourra être réalisée que par le peuple afghan lui-même.

Stéphane Boudreau (Union communiste libertaire, Montréal)

[1Dupuis-Déri F., L’Ethique du vampire. De la guerre d’Afghanistan et quelques horreurs du temps présent, Lux, 2007.

[2Conseil de Senlis, Countering the Insurgency in Afghanistan : Losing Friends and Making Ennemies, 2007 (disponible à http://www.icosgroup.net).

[3« Pakistani official : Taliban insurgency becoming liberation war », USA Today, 16-2-07.

 
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