La France en 2025 : Leurs rêves sont nos cauchemars

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Le Conseil d’analyse économique, Éric Besson et Jacques Attali, nous ont pondu récemment trois rapports de prospective sur le pays dans vingt ans. Si ces réflexions paraissent tout d’abord fantasmagoriques, le projet de société qu’elles contribuent à promouvoir est toutefois réellement dangereux.

C’est en premier lieu Jacques Attali qui a livré ses élucubrations sur sa vision du monde d’ici aux trente prochaines années. Sous couvert de « vision moderne », il rabâche des concepts éculés tels que le « nécessaire passage à l’économie de marché lors d’une transition démocratique » ; idée énoncée dès les années 1970 par le conseiller économique de Pinochet… Mais, parallèlement au soliloque de l’ancien nervis de Mitterrand, deux projets aux impacts plus sérieux sont apparus ces derniers mois. Le premier vient d’Éric Besson, secrétaire d’État à la prospective, et ex-membre du PS ayant retourné sa veste pour participer au « gouvernement d’ouverture ». Il a lancé le 22 avril dernier son nouveau jouet, « France 2025 ». Avec des propos ronflants, tels que « réinventer le temps long en politique », il initie une phase de travaux de commissions sur un projet de société ultralibérale. Chaque commission rassemble des universitaires libéraux et des personnes du monde de l’entreprise, à l’exception de la commission « État et services publiques », animée uniquement par la présidente du directoire du groupe Korian, une société privée proposant des maisons de retraites pour riches… Cette animatrice porte comme on peut l’imaginer grand intérêt au maintien d’un service publique de la santé !

Le CAE a encore frappé !

Par ailleurs, le Conseil d’analyse économique (CAE), placé sous la direction de Fillon, a rendu récemment son rapport : « Prospective France 2025 ». Tout d’abord, ce rapport est un auto satisfecit assez grotesque, ne citant que des rapports émanant du conseil lui-même, sans aucune ouverture à d’autres analyses.

Au menu, les auteurs nous proposent en entrée de réformer l’État. Se plaignant de l’absence de politique à long terme de la part de l’Etat, ils se proposent d’apporter leur « modeste contribution » au démantèlement des services publics. Première remarque, l’État devrait se concentrer sur les secteurs régaliens, car les services publics seraient des freins au dégagement de points de croissance. Les auteurs approfondissent en expliquant que la santé est un futur secteur économique porteur, utile à la croissance du PIB. Voilà de quoi réjouir la présidente de la commission État et services publiques.

Mais le projet de saccage ne s’arrête pas là. Les pilleurs continuent sur leur lancée. Après avoir fait le constat assez cynique que certes, la population française a tendance à vieillir, mais qu’il ne faut pas négliger l’impact de l’explosion des maladies professionnelles, ils prennent en ligne de mire les retraites. En effet, tout au long du rapport, aucune allusion n’est faite au régime des retraites, par contre plusieurs parties sont consacrées aux fonds de pension. Alors, outre le fait que c’est une profonde remise en cause des logiques de solidarités sociales, ce genre de propositions est pain béni pour les compagnies d’assurances et pour le patronat en général, qui n’attend que d’être exempté de verser la partie du salaire indirect qui alimente les caisses de retraites.

Logique libérale de l’école à la retraite

Après les retraites, le CAE n’oublie pas l’éducation et s’inspire largement du modèle américain. Dans un premier temps, les auteurs font le juste constat que l’enseignement supérieur est actuellement assez délaissé par l’État. Par contre, il ne leur viendrait pas à l’idée de préconiser une hausse de budget de l’éducation nationale ; non, ils préfèrent proposer de saigner l’enseignement primaire pour renflouer les universités. Ils poursuivent en imaginant des campus beaucoup plus sélectifs à l’entrée et des labos de recherche financés directement par des entreprises. En gros, on rackette les écoles primaires pour payer les universités des riches. Ces pitres vont jusqu’à se sentir autorisés à former des vœux quant aux programmes pédagogiques qui peuvent se résumer à moins de français et plus de marketing.

Toujours à l’affût des sujets sensibles, l’officine ultralibérale souhaite rassurer les entrepreneurs à propos du Grenelle de l’environnement. Les auteurs expliquent ainsi que la politique de développement durable peut être financée uniquement par des taxes prélevées sur les contribuables et non sur les entreprises. Puis ils remarquent que toute la promotion faite autour du souci écologique peut devenir un secteur économique très lucratif.

Enfin, pour celles et ceux qui n’adhèrent pas au projet « idyllique » que nous propose l’UMP et ses sbires, celui d’un retour en arrière jusqu’au XIXe siècle sur certains points, il peut être amusant de savoir qu’ils et elles sont qualifié-e-s, par Eric Besson et le CAE, au choix de « Gaulois », de « conservateurs inactifs » ou « oisifs ».

Sophie (AL Nantes)

 
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