La crise et les femmes : Inventer d’autres revendications

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Face à la crise, les revendications « classiques » permettront-elles de répondre aux questions posées par les inégalités entre hommes et femmes ?

Le tract diffusé par le Collectif national pour les droits des femmes, à l’occasion du 29 janvier rappelle que les femmes représentent :

– 80 % des personnes payées en dessous du SMIC (essentiellement parce qu’elles sont 83 % des personnes travaillant à temps partiel)

– 54 % des personnes au chômage

– 57 % des personnes au chômage non indemnisées

– 83 % des personnes retraitées vivant avec une pension inférieure au minimum vieillesse.

Elles représentent aussi la très grosse majorité des « chefs » de familles monoparentales, portant le double poids de la pauvreté due à cette situation et de l’éducation en solo des enfants.

La crise risque d’accroître les conséquences de la politique libérale en cours : baisse des salaires, encore moins d’argent pour les services publics, économies supplémentaires sur des politiques sociales. Enfin, le chômage va s’envoler.

Double peine pour les femmes

Quelles conséquences pour les femmes ? Bien sûr, une augmentation du nombre de chômeuses et de femmes pauvres. Mais bien d’autres choses aussi. Moins de services publics, c’est pour les femmes plus de travail de soins aux autres : garde des enfants, soin aux malades et aux personnes âgées. C’est aussi du temps perdu, en trajets vers des administrations plus éloignées et en attente aux guichets.

Des économies sur les politiques sociales, c’est entre autres le remplacement de l’allocation de parent isolé, quasi « réservée » aux femmes, par le revenu de solidarité active (RSA) accompagné de l’obligation de chercher du travail. Plus de chômage dans les secteurs traditionnels, c’est plus de femmes poussées vers les secteurs précaires, non qualifiés, à temps partiels que sont le commerce, le nettoyage et les services à la personne.

Et sans tomber dans une sorte de misérabilisme romanesque, plus de pauvreté en général dans la société, c’est plus de violence au sein des foyers (même si il y a de la violence aussi chez la bourgeoisie), l’accroissement du recours à la prostitution de survie, et la réduction des dépenses consacrées aux femmes et aux filles : nourriture, accès aux études, loisirs...

Tout cela entraîne aussi, pour les femmes, une charge mentale accrue, celle de la préoccupation constante du bien-être minimum des enfants. Est-ce que l’expropriation du capital a un sens pour les travailleuses familiales (soin à la personne), les femmes de ménage ou les assistantes maternelles ? Est-ce que le renforcement à la base des syndicats a un sens pour ces travailleuses isolées ou pour les employées précaires de la grande distribution ? Est-ce que la grève générale interprofessionnelle reconductible a un sens pour les chômeuses non indemnisées ou les retraitées sous le seuil de pauvreté ? Est-ce que le retour de la retraite à taux plein au bout de 37,5 annuités a un sens pour des femmes qui avaient déjà une retraite partielle, voire très partielle à ce seuil là ? Est-ce que la réduction du temps de travail à 32 heures a un sens pour toutes les femmes qui travaillent 20 heures ou moins ? Face à cette situation largement inégalitaire, et à son aggravation en cours, la lutte des classes est-elle suffisante ?

Christine (AL Orne)

 
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