Le Dico anticapitaliste : Qu’est ce que le conspirationnisme ?

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible par Jean-Yves

Le conspirationnisme, également nommé théorie du complot, est aussi peu définissable que réfutable. C’est un peu comme tenter de démontrer que le père Noël n’existe pas. Il y a en effet autant de conspirationnismes que de supposées conspirations : du petit complot ponctuel supposé éclairer un épisode historique précis jusqu’au complot cosmique intégrant les martiens, explicatif de l’histoire de l’univers. Si le plus haut degré de délire n’atteint son paroxysme que dans les sectes les plus folles, les ressorts rhétoriques et psychologiques sont finalement les mêmes.

Dans tous les cas, le conspirationnisme cherche à convaincre que ce qui arrive dans l’histoire et la société repose sur l’action secrète de quelque groupe qui défend des intérêts particuliers jusqu’à la domination du monde. En cela, et même s’il expose l’activité « secrète » bien réelle de tel ou tel groupe social, philosophique ou religieux à travers lobbys, services secrets d’États et autres organisations, le conspirationnisme est notre ennemi intellectuel. Son présupposé est que l’activité cachée de quelques initié-e-s suffirait à gouverner les hommes. Nous pensons au contraire que les sociétés évoluent non pas du fait de l’action de quelques minorités (qu’elles soient réactionnaires ou révolutionnaires, d’ailleurs), mais à travers l’affrontement de classes sociales.

Un des premiers ouvrages conspirationnistes est le livre de l’abbé Barruel (1798) dénonçant l’action des francs-maçons dans la Révolution française. Ouvrage qui nie le processus historique de destruction d’une classe sociale féodale parasitaire, l’aristocratie, par la classe sociale bourgeoise montante, pour ne garder qu’une vision policière et réactionnaire de l’histoire. Et c’est toujours ce même schéma à l’œuvre.

On pourrait s’amuser du fait que les conspirationnistes (aussi appelé-e-s « conspis ») modernes associent souvent le gouvernement américain et les juifs, qui furent de tout temps au centre de leurs préoccupations. Parce qu’en cela ils sont bien... les enfants de la culture américaine dont le mythe du héros solitaire combattant l’injustice et le mensonge gouvernemental remplit films et séries. On pourrait aussi s’amuser des théories farfelues et paranoïaques qu’internet démultiplie à l’infini. Mais les liens entre les divers courants de l’extrême droite et les « conspis » nous rappellent qu’il ne s’agit pas de vulgaires plaisanteries. Et qu’en désignant des coupables personnellement responsables de tous les maux, ils détournent les colères et empêchent les résistances de s’organiser.

 
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