Le vrai scandale Pérol

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Les discussions sur la nomination de Pérol, intime de Sarko, à la tête de la banque résultant de la fusion des Banques populaires et des Caisses d’Epargne font l’impasse sur l’essentiel : quelle est la feuille de route que lui confie Sarkozy ?

Certes, on pourrait gloser sur un régime qui se stalinise à vitesse grand V [1], un régime dans lequel les postes à la tête des « entreprises stratégiques » sont monopolisés par une nomenklatura et où les nominations doivent plus aux accointances personnelles qu’aux compétences. Mais là n’est pas le point le plus important. Ce qui compte, c’est que Sarko a une idée en tête en l’imposant. Il lui a fixé une feuille de route, et elle est aberrante.

Pérol va prendre la tête de cette banque avec une idée fixe, une boussole unique : lui faire suer des dividendes, lui faire cracher du pognon pour les actionnaires. En bon ultralibéral, en bon toutou d’un Sarkozy qui croit que l’argent de l’Etat est le sien, il vient non pas pour faire vivre une entreprise, mais en porte-flingue de l’Etat-actionnaire. Et du coup, en homme de main de l’ensemble des actionnaires.

Comme Alternative libertaire l’a déjà analysé [2], les nationalisations partielles ou complètes ne sont pas du tout un remède à la crise. L’Etat-actionnaire se comporte d’abord et avant tout en actionnaire. Il protège les intérêt des actionnaires, c’est-à-dire de lui-même mais aussi des autres actionnaires privés ou institutionnels. Il veut rentabiliser financièrement son investissement.

Lorsqu’il entre au capital à hauteur de 20% comme dans le cas présent, sa priorité est la rentabilité financière à court terme. Ce sont pourtant les exigences extravagantes de rémunération du capital qui ont conduit à la situation actuelle. Ce sont les taux de rendement exigés par les actionnaires et les investisseurs qui ont poussé les banques, dont Natixis [3], à créer des produits toujours plus complexes, toujours plus délirants, toujours plus déconnectés d’une valeur réelle, du genre subprimes.

Or Pérol connait bien ce secteur, puisqu’il a participé activement à créer cette aberration socialement nuisible qu’est Natixis [4]. Pérol a créé un monstre qui a fait n’importe quoi, et dont il récupère maintenant la garde, les contribuables payant les dégâts occasionnés ! Belle arnaque !

Est-il nommé pour « assainir » la situation, pour « moraliser » le métier dégoûtant de Natixis. Pas du tout ! Bien au contraire. Il arrive pour soutenir les pires dérives, pour les amplifier, pour refaire en plus grave ce qui a conduit à la situation actuelle. En effet, l’Etat, en bon maître-chanteur, a conditionné son aide à des dividendes garantis... même en cas de perte [5] ! Bref, tous les traders fous de Natixis sont vivement encouragés à reprendre leurs tours de passe-passe, leur arnaques diverses et à inventer des camouflages toujours plus foireux pour faire croire que le fait d’échanger des titres sans rapport avec un produit réel suffit pour créer de la richesse !

Bref, Natixis, et le futur groupe Banques populaires - Caisses d’Epargne, se positionnent grâce à Pérol pour être les vedettes incontestées du prochain krach.

Mais tout ceci se fait avec l’accord, le soutien, et même la bénédiction de Sarkozy. Son obsession à lui, c’est de sauver les actionnaires et de protéger leur rémunération. Rappelons que les actionnaires ne sont pas payés pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils ont. Ils ne produisent rien. Ils touchent de l’argent simplement parce qu’ils ont accaparé des richesses dont ils n’avaient en fait pas l’utilité. Bref, ce sont des parasites, et Sarkozy est le président de ces parasites. Il les défend bec et ongle. D’ailleurs, ses effets de manche sur le partage des bénéfices (son fameux « un tiers, un tiers, un tiers ») ne font pas illusion : non seulement cette règle n’est appliquée dans aucune des entreprises contrôlées par l’Etat, ni dans aucune de celles dont il est actionnaire, mais qui plus est, elle n’a jamais été appliquée dans le cabinet d’avocat dont Sarkozy était associé (donc actionnaire) jusqu’à son élection ! Bref, comme d’habitude, c’est « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

En tout cas, pour la prochaine aggravation de la crise, pour la prochaine destruction massive de richesses, on saura à qui dire merci : à Sarkozy et à Pérol.

Scapin (AL 93)

[1Canard enchaîné du 18/2/09

[2Coordination fédérale, 10 janvier 2009

[3filiale commune en pleine déconfiture des Banques populaires et des Caisses d’Epargne

[4Canard enchaîné, 25/2/09

[5Canard enchaîné, 25/2/09

 
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