Les classiques de la subversion : Castoriadis, « Devant la guerre »

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Chaque mois, un livre qui a marqué l’histoire de l’anarchisme, présenté par Matthijs

Devant la guerre, les réalités est un ouvrage écrit par Cornélius Castoriadis vers la fin des années 1970. Cet auteur, mort en 1997, principal animateur de Socialisme ou Barbarie est un ovni dans l’extrême gauche car bien qu’originairement trotskiste, il a évolué vers une synthèse entre marxisme et critique du positivisme.

Économiste de formation, Castoriadis aborde de nombreux domaines comme la science politique, la philosophie et l’histoire. Il est surtout connu pour ses analyses de l’URSS dans la revue Socialisme ou Barbarie où il définit ce pays comme étant un capitalisme d’État.

Dans Devant la Guerre, il va revenir sur son analyse. Au cours de l’histoire de l’humanité, différents modes de production ont existé. Chaque mode se caractérise par une organisation économique spécifique, où l’extraction de valeur, c’est a dire l’exploitation des travailleurs afin d’enrichir la classe dominante, se fait différemment. Chaque mode se caractérise aussi par des formes politiques de gouvernement, des idéologies, des valeurs qui sont liées à l’organisation économique de celui-ci.

Pour Castoriadis, l’URSS et ce que l’on appelait « les pays du socialisme réel » ne sont pas seulement une variante du capitalisme – le capitalisme d’État – mais bel et bien une autre forme de société de classe qui se caractérise par une autre classe dominante, la bureaucratie, dont le pouvoir se définit par la suprématie de l’État sur l’économie ainsi que sur toute les sphères de la vie. Il appelle ce système « stratocratie ».

Il s’appuie sur une analyse de la structure de l’économie pour étayer cette thèse. En effet, chiffres a l’appui, il démontre que la structure de l’économie soviétique est caractérisée par la dépense militaire. Ce sont plus de 30 % du PIB, toute la valeur extraite sur le travail qui, au lieu de permettre le développement des forces productives russes vont financer l’armée. De plus, cette priorité n’est pas seulement quantitative, elle est qualitative : ce sont les meilleurs ingénieurs, travailleurs qualifiés qui sont assignés aux dépenses militaires. Le reste de l’économie est mal gérée et victime d’un sous-investissement chronique, un bon exemple de ceci étant l’incapacité de l’URSS à atteindre l’autosuffisance alimentaire.

Tous ces éléments font que l’URSS n’est pas un capitalisme, serait-il d’État car la logique même du système n’est pas le développement des forces productives, du capital décrit par Marx. La structure entière de l’économie est déterminée par des finalités politiques, au mépris complet de tout principe de rentabilité économique.

Cet ouvrage a le mérite d’apporter des éléments de réflexion sur le phénomène qu’ont été les « sociétés communistes » comme l’URSS ou la Chine. Si ces derniers ont été une alternative au capitalisme, ils sont une société de classes fonctionnant grâce à l’exploitation et la domination, ce que Castoriadis démontre avec brio.

Matthijs (AL Montpellier)

 
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