Culture

Lire Alain Bihr : « L’Écocide capitaliste »




Il ne peut ni être « vert », ni décroissant : le capitalisme vit et ne vivra que de la destruction de la planète. C’est la thèse du dernier livre d’Alain Bihr, L’Écocide capitaliste, et comme toujours avec cet auteur marxiste et libertaire, elle est solidement étayée par une analyse implacable des ressorts fondamentaux du système économique, et du consentement impuissant des États qui y sont imbriqués.

Au fil des chapitres, Bihr fait un sort aux fausses solutions, par exemple un certain néomalthusianisme qui postule que la crise écologique est en fait démographique. Que nenni : le problème ce n’est pas l’être humain, c’est l’explosion de son empreinte écologique : « entre 1890 et 1990, alors que la population mondiale a été multipliée par 4, le PIB mondial a été multiplié par 14, la production industrielle par 40, la consommation d’énergie par 13 et celle d’eau par 9, les émissions de CO2 par 17 et celle de SO2 (oxyde de soufre) par 13, etc. »

La « transition énergétique » y remédiera-t-elle ? Le problème, c’est qu’elle n’existe pas. Dans le capitalisme, les énergies renouvelables ne se substituent pas aux fossiles, elles s’y additionnent, comme nouvelles sources de profit. D’autant que « le passage d’un appareil énergétique fondé sur des sources d’énergie fossiles à un appareil énergétique fondé sur des sources d’énergie renouvelables suppose un surcroît d’utilisation du premier, au moins dans un premier temps : impossible de produire et d’installer des éoliennes ou des panneaux solaires sans faire appel aux actuelles centrales thermiques ni aux actuels moyens de transport à base de combustibles fossiles ».

L’auteur consacre un fort chapitre au « techno-solutionnisme », c’est-à-dire aux promesses de réduire les émissions de gaz à effet de serre par des miracles technologiques : captage de CO2, nucléaire de 3e ou 4e génération, agrocarburants… On découvre au passage quelques solutions « délirantes » : planter des forêts génétiquement modifiées à croissance rapide, déverser massivement de la chaux ou de la limaille de fer dans les océans pour qu’ils fixent davantage le CO2, disperser des produits chimiques dans la stratosphère, déployer un pare-soleil géant dans l’espace… L’auteur souligne que les énergies renouvelables peuvent elles-mêmes relever du techno-solutionnisme, malgré leur empreinte écologique. Rien que la filière éolienne exigerait, pour soutenir sa croissance d’ici à 2050, 3,2 milliards de tonnes d’aluminium et 40 millions de tonnes de cuivre… « En somme, en prétendant nous libérer de notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles [...], les énergies “renouvelables” créent une nouvelle dépendance à l’égard des métaux, lesquels ne sont pourtant pas plus renouvelables que les combustibles en question. »

En vérité, la seule solution, c’est la sobriété énergétique. Or elle est fondamentalement contraire à la logique capitaliste. Conclusion : « le communisme ou la mort ». Pas le faux communisme stalinien, qui fut tout aussi destructeur, mais un communisme libertaire qui permette, par la socialisation, l’autogestion et la planification démocratique, de reprendre le contrôle de notre avenir.

Guillaume Davranche (UCL Montreuil)

  • Alain Bihr, L’Écocide capitaliste, Page 2/Syllepse, février 2026, trois tomes, 1 428 pages, 45 euros.
 
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