Lire : Claude Bitot, Repenser la révolution

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Issu du marxisme, l’auteur de Repenser la révolution s’en est éloigné. Bien qu’il soulève des problèmes incontournables dans la période, il s’aventure dans des prises de positions très contestables.

Bitot démarre sur un constat certes déroutant mais empiriquement observable : tous les mouvements de masse ayant pour but de bouleverser l’ordre social capitaliste se sont présentés à un stade de développement peu avancé. Avec le développement de la société marchande, la classe ouvrière ne se met plus en mouvement que pour essayer d’améliorer son confort.

Malgré une conclusion un peu hâtive, Bitot soulève ici une des problématiques les plus urgentes du moment : comment, dans un système capitaliste dont la domination devient de plus en plus totale, une classe peut-elle trouver la sortie ?

Pour lui, le capitalisme s’écroulera tout seul sous l’effet de ses deux contradictions majeures :

- sa limite externe, l’environnement dans lequel il évolue. L’auteur pense plutôt aux limitations énergétiques qu’à un cataclysme à la Roland Emmerich.

- sa limite interne touche à la possibilité de la valorisation incessante du capital. Si l’économie a jusqu’ici muté pour éviter la baisse tendancielle du taux de profit, il serait désormais impossible pour elle de sortir de sa dernière contradiction majeure : la troisième révolution industrielle, celle de la micro-électronique, entraînant une nouvelle explosion de la mécanisation.

Et la révolution dans tout ça ? Bitot la situe après l’effondrement de la civilisation capitaliste. Le communisme ne viendra pas spontanément la remplacer, d’où la nécessité d’un parti à rôle propagandiste, tout en laissant l’initiative aux masses. Mais l’auteur se garde bien de nous expliquer comment un corps de spécialistes de la révolution pourrait évitait de reproduire une société de classes.

En attendant, il ne reste aux révolutionnaires qu’à constituer des groupes pouvant se montrer utiles par la suite, toute intervention dans la période est inutile.

Et si le prolétariat n’est actuellement plus à même de mener cette révolution, qui le fera ? Cette non-classe que Bitot croit voir se profiler à l’horizon , dont les prémisses seraient les déclassés et les masses exclues de la production directe ( chômeurs, employés du tertiaire ). En revanche, la réflexion qu’il mène sur la forme du pouvoir de cette non-classe est prétexte à des considérations intéressantes sur la démocratie. Il rappelle que celle-ci, directe ou non, n’est que l’expression des forts antagonismes des sociétés modernes, elle ne saurait qu’être transitoire et ne peut subsister comme forme générale du pouvoir dans un monde sans classes.

Claude Bitot fait preuve ici d’une lucidité sur les mutations du capitalisme que tout le monde n’a pas, mais trouve de fausses solutions-miracle à tous les problèmes soulevés. Néanmoins, voilà un bouquin certainement pas inintéressant, pour la clarté des analyses proposées ou pour les points de réflexion incontournables qu’il aborde.

Julien (AL Montpellier)

Claude Bitot, Repenser la révolution , Quelle voie pour dépasser le capitalisme ?, Les Amis de Spartacus, 2013, 13 euros

 
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