Lire Dominique Sureau : Natalie Le Mel. Femme parmi les femmes

Fort d’une enquête sérieuse et exhaustive, Dominique Sureau revient sur le parcours de Natalie Le Mel (1826-1921), brestoise co-fondatrice de La Marmite, cantine ouvrière coopérative parisienne, membre de la Première Internationale des travailleurs et combattante pendant la Commune de Paris, transplantée en Nouvelle-Calédonie après un procès au cours duquel elle assume toutes les charges retenues contre elle.
Il semble, en effet, que pas une ligne écrite à son sujet ne lui ait échappé. Confrontant les différents (et rares) témoignages aux informations trouvées dans les archives et la presse, il tente d’établir des certitudes, d’arbitrer entre les différentes versions, résistant toujours à la tentation de romancer et de considérer de simples hypothèses pour des vérités.
Ainsi reconstitue-t-il sommairement ses jeunes années, depuis sa naissance à Brest où ses parents tenaient un café, sa scolarité jusqu’à ses 12 ans, sa formation de relieuse, puis son départ à Quimper où elle assure la gérance d’une librairie avec son premier mari, épousé à 18 ans. L’auteur brosse aussi un portrait sociologique de ces deux villes à l’époque (famines, abandons d’enfants, déscolarisation, épidémies, prostitution...), pour permettre de saisir le contexte dans lequel elle évolue, faute de souvenirs directs et d’éléments personnels factuels. Il essaye également de comprendre les influences qui ont pu contribuer à l’éveil de sa conscience politique, alors qu’elle est « confrontée à l’imprégnation religieuse catholique » et à la misère.
En 1861, déclarées en faillite, ils et elles partent pour Paris où elle se fait embaucher dans un atelier de reliure industrielle, secteur agité par plusieurs grèves. Avec Eugène Varlin, relieur lui aussi, et d’autres, elle crée une première société civile d’alimentation en 1866, puis La Marmite en 1868, dont l’auteur explique le fonctionnement, le développement (trois autres ouvriront rapidement) et les retombées aussi bien sociales que politiques.
Dominique Sureau retrace également les différents engagements militants de Natalie Le Mel au sein de la Première Internationale et de l’Union des femmes pour la défense de Paris, jusqu’aux semaines intenses de la Commune de Paris, son procès (dont il reproduit le procès-verbal de son interrogatoire), sa déportation puis son retour en métropole, avec l’accueil chaleureux par la population de Port-Vendres, les disparitions successives chacun et chacune de ses camarades, ses engagements, pour les mineures notamment, et ses dernières années à Ivry où elle mourra à l’âge de 94 ans en 1921.
Enfin, l’auteur analyse la disparition mémorielle et l’oubli qui la frappa, comme beaucoup de femmes dans l’histoire.
Après Gustave Lefrançais et les ouvriers des usines Bessonneau d’Angers, Dominique Sureau poursuit son travail sur les oubliées de l’histoire avec beaucoup de rigueur et d’honnêteté. Ce livre vient combler un manque, assurément.
Ernest London (UCL Le Puy-en-Velay)
- Dominique Sureau, Natalie Le Mel. Femme parmi les femmes. Petit pavé, 2025, 226 pages, 20 euros.





