Lire : Doug McAdam, « Freedom Summer »

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Ouvrage publié en 1988 aux Etats Unis et traduit en 2012, Freedom Summer. Luttes pour les droits civiques offre un nouveau regard sur les mouvements sociaux des années 1960.

À l’été 1964 des étudiantes et étudiants blancs d’universités du Nord des États-Unis, se rendent dans le Mississipi pour soutenir le mouvement des droits civiques. À l’initiative de cette campagne, le Student Nonviolent Coordinating Commitee, dont les membres sont majoritairement des Noir-e-s.

La venue d’un millier de jeunes bourgeois et bourgeoises est selon eux, le seul moyen de populariser et de médiatiser leurs luttes. Du fait de leur image de fils et filles de bonnes familles, éduqués, les médias s’intéressent enfin à ce qui se passe au Mississippi.

En plus de retranscrire l’origine organisationnelle de la campagne, MacAdam montre l’impact de cette campagne sur la formation d’un militantisme d’un nouveau genre. Le Mississipi est l’un des états les plus racistes et violents. Les volontaires issu-e-s de milieux privilégiés se retrouvent confrontés à une répression policière et à un racisme systématique. Certains s’occupent d’inscrire des Noirs sur les listes électorales, d’autres gèrent des Freedom Schools, où l’histoire des Noirs y est enseignée. L’été est épuisant, en plus d’un militantisme intense, les volontaires expérimentent la vie communautaire, les Freedom Houses, et la libération sexuelle. Cette expérience remet en cause leurs conceptions de la politique, de la morale, de la sexualité et d’eux-mêmes.

Mais ce qui rend passionnant cette ouvrage, c’est la trajectoire militante que vont prendre les vétérans de l’été 1964. De retour dans leurs universités, ils importent les pratiques de luttes du Freedom Summer. Ils se retrouvent dans les luttes étudiantes, anti-guerre et féministes. Si le sexisme n’a pas été dénoncé lors de la campagne, les règles liées à la sexualité et à la répartition genrée des tâches se manifestent dans les années 1970. MacAdam est l’un des premiers sociologues à soulever les problèmes de genre dans l’étude des mouvements sociaux. Il pose notamment la question de l’influence du genre sur l’engagement. En parallèle l’épreuve interraciale se pose aux membres du SCNN, les nouveaux arrivants blancs contestant le leadership des militantes et militants noirs originels. Ce livre dresse le portrait militants radicaux et d’organisations qui influencèrent une génération de mouvements sociaux.

En d’autres termes, ce livre montre comment cette campagne sera le fil d’Ariane des sixties. Qui ne semblent plus, une fois la lecture finie, être seulement l’histoire des yuppies et d’un regret politique collectif. Les pratiques de luttes et les discours mais aussi les difficultés qui ont émergés lors d’un été et ont rendu victorieuse cette campagne, doivent nous inspirer. La lutte pour les droits civiques aura transformé durablement le statut des Noirs aux États-Unis, ou du moins aura permis d’exposer au grand jour un racisme persistant.

Claire (AL Paris Sud)

Doug McAdam, Freedom Summer. Luttes pour les droits civiques, Mississippi 1964 , Agone, 2012, 486 p., 26 euros.

 
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