Culture

Lire Édouard Louis, Que faire de la littérature ? Méditations et manifeste




On connaît Édouard Louis pour ses romans autobiographiques. Pour autant on ne sera pas étonné qu’il nous livre avec Que faire de la littérature ? ses réflexions sur la littérature, qu’il a partagées par ailleurs dans plusieurs de ses ouvrages, entretiens et conférences.

Pour cela, il aurait pu se fendre d’un ouvrage théorique comme Sartre – auteur qu’il admire – avait pu le faire en son temps. Il a préféré opter pour un dialogue avec la critique littéraire Mary Kairidi, une forme avec laquelle il se sent plus à l’aise et qui a l’avantage de rendre son propos plus vivant et accessible.

Que faire de la littérature ? éclaire ses choix d’écrivain. Nous nous retrouvons ainsi au cœur de la fabrique de ses romans, dans laquelle l’outil favori est le marteau, symbole au service d’une entreprise de démystification des normes et autres règles dominantes dans la littérature et la critique littéraire.

Le rejet des émotions et du corps, de l’explicite, de la politique ou encore de l’autobiographie comme écriture de l’intime décline autant de cibles qu’Édouard Louis s’emploie à abattre parce qu’il participe de la dissimulation du réel. À cela, il oppose une littérature de la confrontation qui vise à forcer lecteurs et lectrices à voir une réalité qu’ils et elles ne veulent pas voir, celle des invisibles qui habitent notamment ses romans, tel un père à la fois victime d’un système économique capitaliste qui a broyé son corps (Qui a tué mon père ?) et bourreau véhiculant un racisme et une homophobie obsessionnelle tout en maltraitant son épouse (Pour en finir avec Eddy Bellegueule ou encore Combats et métamorphose d’une femme).

Questionner et impliquer

Cette démarche emprunte beaucoup au théâtre dans sa veine tragique précisément pour la force confrontationnelle qui opère dans ce dernier. Elle ne vient pas de nulle part. Si Édouard Louis fait la part belle aux dominées dans son œuvre et se nourrit de celles qui leur accordent une place tout aussi centrale, il ne pense pas pour autant que la mission de l’écrivain doit se limiter à informer les lecteurs et lectrices, soucis très présent chez Zola et Sartre. C’est pourquoi il cherche à abolir les limites entre roman, autobiographie et théâtre afin de s’adresser plus directement au public et de chercher à questionner le monde tout en l’incitant à s’impliquer.

Cette recherche formelle dont il énonce les dispositifs est au service d’un projet qu’il expose très clairement : « L’une des principales missions que je me donne dans mon travail, c’est de mettre au jour la profondeur des inégalités ». Des inégalités qu’il est possible de combattre et de surmonter au besoin par la fuite (Monique s’évade) quand elle devient le seul moyen de retrouver son pouvoir d’agir.

Édouard Louis propose une démarche et certainement pas un système clos. Ses choix et partis pris ne l’amènent pas pour autant à rejeter de façon dogmatique la fiction ou encore l’implicite, c’est davantage leur instrumentalisation au service d’une idéologie littéraire bourgeoise qu’il critique ici.

Laurent (UCL Aveyron)

  • Édouard Louis, Que faire de la littérature ? Méditations et manifeste, Flammarion, 2025, 304 pages, 25 euros.
 
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