Culture

Lire : Émilien Bernard, « La tête dans le mur. Un journaliste en déroute au Trumpistan »




Après son précédent ouvrage Forteresse Europe, le journaliste Émilien Bernard, nous propose un voyage de désagréments plus ciblé : le Mur.

Au fil des rencontres, parfois surréalistes, tout au long de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, il nous plonge dans une étrange atmosphère, dans cet endroit inhospitalier, invivable où des humains s’entassent, face à face, dans un déni d’humanité.

Agrémentée d’un style sarcastique, la galerie de portraits, tourne parfois au cauchemar entre les fervents admirateurs de Trump, les prédicateurs évangélistes et les déjantés sous fentanyl. Ici l’impensable a droit de cité, le rejet de l’autre s’exprime dans toute sa brutalité. L’auteur délite l’image idyllique du rêve américain et nous plonge dans l’effroi de la misère humaine.

Cette zone entre deux frontières, délimités par le Mur, ce « monstre de métal », n’est nullement une région inhabitée. Ici, le Mur signifie la frontière entre la pauvreté et l’eldorado, la limite de l’espoir contre lequel se brisent les rêves. L’auteur nous rappelle que le Mur, n’est pas œuvre unique de Trump, il trouve sa genèse chez les prédécesseurs Biden et Obama.

Entre pessimisme et refus de sombrer à l’apathie généralisée, nul espoir ne semble émerger de ces contrées. Faire évoluer les mentalités semble relever de l’illusoire aux abords de San Diego.

Lueur d’espoir, Tijuana, déchirée par la pauvreté et les violences, abrite en son sein l’Enclave Caracol, située à proximité du poste frontière, là où les gringos bravent légalement l’interdit en quête de prostitution. Ici, dans ces lieux d’accueil et d’entraide vit un repaire de combattantes. Il existerait plus de 300 havres de paix, offrant un toit, de la nourriture et des soins.

Faible lueur d’espoir, isolée en ce monde barbare où s’accrochent de dérisoires espérances.

Suivent l’évocation dantesque du train de la mort ou encore, de ces femmes migrantes abusées sexuellement (estimation de l’ordre de 8 sur 10) et la cité des mortes, Ciudad Juarez, où de 3 à 4 000 femmes auraient disparues assassinées.

La Tête dans le mur, une impitoyable radiographie de corps sociaux malades des deux côtés de la frontière.

Dominique Sureau (UCL Angers)

  • Émilien Bernard, La tête dans le mur. Un journaliste en déroute au Trumpistan, Lux, 2026, 304 pages,
 
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