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L’archéologue et préhistorien Jean-Paul Demoule s’interroge dans cet ouvrage sur la pertinence de l’identité et des racines nationales. Il suit un parcours fort documenté à la recherche des marqueurs de la nationalité française depuis les temps préhistoriques jusqu’à nos jours. Au fil d’une douzaine de chapitres, ordonnés chronologiquement, il nuance ou dénonce les fausses attaches nationales au passé. Ses réfutations sont argumentées, « opposant aux fantasmes la stricte réalité des faits historiques ».
Une nationalité, c’est un territoire, celui de la France n’a cessé d’être modifié, certains optant pour un octogone, d’autres pour un pentagone avant que ne soit acceptée l’idée hexagonale avec l’école républicaine de la fin du xixe siècle.
Une nationalité, c’est aussi un peuple, là où il faudrait évoquer des mélanges continuels de populations et de cultures différentes. Un peuple se compose aussi de femmes, qui furent exclues de la citoyenneté. Ces femmes qui dans les années vingt se voyaient privées de nationalité du seul fait de mariage avec un étranger.
Une nationalité, ce serait une langue, en rien une langue germanique, dérivée du francique, mais une langue romane, produit de la colonisation romaine. Une langue française qu’au milieu du XIXe siècle, les neuf dixièmes de la population française ne parlaient pas ou peu, utilisant les langues régionales. « C’est bien par l’écrasement des langues régionales que le français a imposé sa domination. »
Si De Gaulle, en 1959, offrit une synthèse du concept de nation française dans la formule « un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » et que celle-ci fut reprise maintes fois, l’auteur dénoue les fils qui relient la religion chrétienne aux croyances romaines, gauloises, judaïques voire païennes. Jusqu’au VIIIe siècle, des coutumes païennes persistent… sans omettre le culte de l’Être suprême lors de la Révolution française. De nos jours, seul un tiers des Français et Françaises se disant croyants et croyantes sont regroupés dans le culte catholique. Quant à l’invite nationale à être de race blanche, outre sa contradiction avec la Constitution française, le concept lui-même s’avère aberrant.
Reste la symbolique : le drapeau qui connut bien des aléas avec le retour au drapeau blanc ; La Marseillaise, tolérée lors de la Monarchie de juillet puis interdite sous Napoléon III ; la Marianne, qui connut elle-même bien des déboires sous Napoléon III. Puis la devise trinitaire qui eut bien des mésaventures et fut même occultée par l’autre trio pétainiste.
La culture ? Le sentiment d’appartenance ? Les ennemis ? Autant de pistes identitaires que réfute intelligemment Jean-Paul Demoule. Un parcours instructif, bien construit, charpenté dans un langage clair et accessible pour appréhender et apprécier un pays de sang-mêlés, un pays nommé diversité. Point n’est ici question « d’inventer et de glorifier des mythes, mais d’apporter les outils d’une connaissance lucide sur le passé [...] pour faire société en connaissance de cause et de retrouver l’empathie. »
Dominique Sureau (UCL Angers)






