Lire : Joseph Daher, « Gaza : un génocide en cours »

Un titre tout aussi percutant que l’est le livre. En un nombre ramassé de 168 pages, Joseph Daher [1] dresse dans un premier temps un bilan provisoire du désastre que vivent les populations gazaouies. La situation va bien au-delà des mensonges que distille la presse occidentale.
Sans en faire une complète recension, voici la dimension de l’horreur qu’énonce l’auteur : « 61 709 morts, 111 588 blessés ». Mais malheureusement, le chiffre est probablement bien plus élevé… Un article d’une revue médicale anglaise en date de juillet 2024 suggérait 186 000 décès. Une autre source avançait le chiffre de 335 500 décès possibles à terme… 875 000 personnes sont en situation d’urgence et 345 000 en situation d’urgence absolue.
Passé l’inventaire macabre, l’auteur s’intéresse dans une seconde partie aux forces en présence dans Gaza et à celles du Hamas. Son discours n’est en rien un plaidoyer pour ce dernier, mais il distingue le Hamas du peuple palestinien à qui appartient, comme à tout peuple, ce droit à la résistance contre une invasion qui n’a que trop duré. Il dissocie l’attaque du 7 octobre 2023 de la légitimation du massacre, montrant que celui-ci appartient à un projet impérialiste cohérent établi de longue date. Aujourd’hui, les actions du gouvernement israélien confirment ses velléités expansionnistes. S’emparer de Gaza et de la Cisjordanie reste son objectif.
Afin d’aider à poser les problématiques, l’auteur développe une troisième partie sur le phénomène particulier du Liban, des forces en présence, du Hezbollah et des états proches : l’Iran et la Syrie. L’analyse est succincte et précise. Encore une fois, l’écrit va à l’essentiel avec moult références.
La quatrième partie de l’ouvrage est consacrée à des réflexions géopolitiques sur l’ensemble de la région et sur la problématique des interventionnismes des uns et des autres. Là encore, l’auteur fait preuve de pédagogie pour étayer son analyse et pointe le peu de soutien réel des états limitrophes ou amis qui optent le plus souvent pour leurs propres intérêts, en passant des accords avec Israël. L’écrit établit clairement et lucidement les faits, en dissociant intelligemment les peuples et leurs dirigeants. Si les premiers soutiennent la cause palestinienne, les seconds ont tendance à la passer au filtre de leurs propres intérêts.
La cinquième et dernière partie interroge le devenir de la Palestine et de nos actions et responsabilités. Il pose les questions de l’antisémitisme et de la liberté de parole et d’écrits dans des discussions où l’affectif immédiat et l’idéologie dénaturent et empêchent toute analyse sereine. L’auteur n’oublie pas d’interroger les relations sociales au sein d’Israël, les potentialités de résistances et d’émergence d’un soutien de la classe ouvrière israélienne et des autres pays.
Sans entrer plus dans le détail, un livre à découvrir, d’un abord aisé, un écrit à lire pour se faire une idée et non subir une opinion, une mine de renseignements et un outil percutant pour apprendre à désapprendre les pesanteurs médiatiques qui nous enserrent.
Dominique Sureau (UCL Angers)
- Joseph Daher, Gaza un génocide en cours, Syllepse, collection Arguments et Mouvements, avril 2025, 168 pages, 12 euros.






