Lire : Ligny, « Jihad »

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Thriller d’anticipation politique, Jihad met en scène une France gouvernée par un régime nationaliste fasciste et ultralibéral. Djamal et sa sœur Fatima ont vu leur village de Kabylie détruit dans un pays en pleine guerre civile. Pour se venger de Max Tanart, le mercenaire français responsable de l’attaque et du viol de sa sœur, Djamal se rend en France, où le Parti national est au pouvoir. Une France où l’on rencontre toute une foule de squatteurs, de dealeurs, de prostitués, et autres « mustadaphins » (pauvres, les déshérités, les opprimés) et où chaque étranger est traqué sans relâche. Une France en proie à la clochardisation, où la Nomenklatura – le quartier bourgeois – est gardée par des milices privées. Une France où l’individualisme règne en maître, où la haine de l’autre est la norme et où capitalisme se conjugue avec fascisme.

L’auteur met également en avant certaines connivences entre l’extrême droite française et l’intégrisme musulman algérien, tout deux « poursuivant les mêmes objectifs : l’instauration du pouvoir absolu, la soumission de la femme à l’homme, du peuple au chef et des pauvres à dieu, la terreur garante de l’ordre et la mort comme sanction des déviances ». Chaque attentat est mis sur le dos de Djamal, alors que le chef des milices, Max Tanart, pratique une démagogie sans retenue faisant penser à un ancien ministre de l’Intérieur…

On découvre également une résistance intérieure, surnommée les « X-men » (sic) aux théories révolutionnaires anarchisantes. On voyage à travers un futur proche, qui n’est pas sans rappeler notre présent, celui d’un Le Pen au second tour et de ses idées racistes et sécuritaires qui ont contaminé jusqu’au PS.

Jihad est un roman qui dérange et donne à réfléchir. Mais c’est également un roman palpitant, écrit dans un style rapide et fluide. De la bonne politique-fiction.

Nicolas (AL77)

• Jean-Marc Ligny, Jihad, J’ai lu, 2000, 7,22 euros

 
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