Lire : Mathieu Rigouste, « Les marchands de peur, La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire »

Version imprimable de cet article Version imprimable


En 2011, Cuervo chroniquait déjà dans ces pages la première édition de ce petit livre salutaire qui est aujourd’hui toujours d’actualité et qui a d’ailleurs été réédité en mai 2013 dans une édition augmentée. Membre du PS jusqu’en 1994, Alain Bauer devient tenant de l’idéologie sécuritaire lors d’un séjour aux Etats-Unis. Il rassemble des intellectuels et professionnels issus de la gauche anticommuniste, de l’extrême droite des années 1960, des droites ultralibérales et néo-conservatrices. Son arrivée à la tête Grand-Orient de France en 2000 élargit son réseau aux dirigeants économiques et politiques.

L’idée de base est que dorénavant, la criminalité prend des formes multiples, sans direction repérable. Ce caractère insaisissable permet de désigner comme ennemi tout individu ou groupe tant soit peu contestataire. On comprend ce que les thèmes sécuritaires ont d’artificiel.

Bauer a créé sa propre société de sécurité AB Associates. Juges et parties, lui et sa bande manœuvrent pour jouer le double rôle d’experts et de prestataires. Un marché du sécuritaire se créée de lui-même, par la multiplication des «  études  » sur les taux de délinquance, et le déploiement de forces policières provocatrices dans les quartiers populaires. Parallèlement, Bauer s’emploie à conquérir une légitimité intellectuelle. Par la création ou le noyautage de revues – Le Meilleur des mondes, l’Élite européenne – ou de structures de recherche – Institut social du travail, Institut d’histoire sociale, Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice – pour l’approche policière et judiciaire. Par l’aménagement de «  niches  » dans les médias grand public  : apparition «  d’experts  » dans C dans l’air sur France 5, réalisation et production du documentaire Ces musulmans qui disent non à l’islamisme (diffusé par Arte) de Antoine Vitkine et Daniel Leconte. Le démarchage pour les diagnostics et les plans locaux « de sécurité » porte ses fruits : la demande des municipalités explose. En proie aux conséquences des politiques ultra libérales, la société devient mûre pour adhérer à l’idéologie sécuritaire.

Ses thèmes deviennent centraux dans la campagne de Chirac en 2002. Sarkozy finit le travail à l’Intérieur, puis à la présidence. Ce sont alors les institutions qui se transforment : unification des RG et de la DST au sein de la DCRI, fusion de différentes instances pour créer le Conseil de défense et de sécurité nationale, la Cour supérieure de la formation et de la recherche stratégique.

Militants à l’Unef-ID dans les années 1980, Bauer et Manuel Valls reprennent contact à la fin des années 1990. Le PS bascule ouvertement vers le répressif.

La nomination de Valls à l’Intérieur en 2012, puis à la tête du gouvernement, a valeur de message. « Des Bauer et des Raufer sont produits à la chaîne chaque année dans les grandes écoles […]. La bande à Bauer ne doit sa longévité qu’à cet opportunisme qui lui permet de conserver une place à la table de tous les partis de gouvernement. Les idéologues sécuritaires ont pour mission de légitimer le contrôle, la surveillance et la répression de tout ce qui résiste […] ou existe contre les intérêts des classes dominantes. »

Patrick (AL Montpellier)

- Mathieu Rigouste, Les marchands de peur, La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire, Libertalia, Montreuil, 2013 (2e éd.), 176 pages, 8 euros.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut