économie

Lire : Mattick, « Le jour de l’addition. Aux sources de la crise »

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L’auteur de cette brochure – fils du célèbre économiste et partisan du communisme des conseils du même nom – a été un des rédacteurs de la revue Root and Branch, issue dans les années 60 et 70 du mouvement étudiant et de l’opposition à la guerre du Vietnam. D’inspiration marxiste anti-autoritaire, les articles rassemblés ici sont une analyse non conformiste de la crise économique actuelle, du point de vue de ses victimes de toujours : les classes laborieuses.

Il s’agit sans doute de la crise la plus grave du système depuis celle de 1929, mais, comme le rappelle Charles Reeve dans sa préface, rien ne permet de conclure que l’instabilité systémique débouchera automatiquement sur un effondrement : seule l’action consciente permettra de briser la logique du capital.

Pour les économistes néolibéraux qui tenaient le haut du pavé depuis des décennies – les Milton Friedman et autres Alan Greenspan – dont la foi aveugle dans la « rationalité des marchés » était illimitée, une crise du système capitaliste était tout bonnement impossible. Selon Mattick, c’est la baisse des salaires et la hausse du chômage qui a suscité l’éclatement de la bulle immobilière, et par conséquent la déconfiture des prêts hypothécaires, qui sont, en dernière instance, responsables de la crise financière mondiale. Celle-ci ne résulte donc pas, comme l’expliquent maintenant les économistes « officiels », de la cupiditié et de la dérégulation, mais de la dynamique à long terme du capital lui-même.

Quel est donc l’avenir de l’économie mondiale ? Un échange entre économistes dans les pages du New York Times en mars 2009 est révélatrice : pour les « pessimistes » comme Nouriel Rubini, la crise ne prendra pas fin avant 2011, tandis que les « optimistes » comme Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale, prétendent qu’on pourra attendre une reprise dès 2010. À contre courant de cette doxa tranquilisante, Mattick pense que nous somes au stade préliminaire d’une Grande Dépression, plus grave que celles du passé, qui va s’approfondir au cours des décennies à venir, en suscitant la montée d’antagonismes violents autout de la question qui tue : qui va régler l’addition ?

Si cela dépend des classes possédantes, ce sera à la majorité des travailleurs de la payer, par un accroissement du chômage et par une baisse des salaires et des avantages sociaux – à moins que ce ne soit, comme à la fin des années 1930, par la guerre. Mais des brèches se sont ouvertes dans l’idéologie dominante, et on peut espérer que les classes laborieuses se rendront compte qu’elles peuvent organiser la production et la distribution, par elles-mêmes, en dehors des contraintes de l’économie marchande.

Il semble qu’un tel changement ne peut pas se faire uniquement sur le terrain économique, mais exige un affrontement stratégique d’ensemble avec le pouvoir des classes dominantes, mais c’est une problématique qui n’est pas abordée par ces articles de Mattick...

Michael Löwy

• Paul Mattick, Le jour de l’addition. Aux sources de la crise, Montreuil, L’Insomniaque, 2009, 62 pages.

 
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