Lire : Maud et Elsa Lecarpentier, « Toujours Puce : les macrodégâts de la micro électronique »

S’il y a un secteur de la production qui symbolise particulièrement l’accaparement industriel en eau (notamment potable), c’est bien celui des semi-conducteurs. Partant de l’exemple spécifique de l’usine STMicroelectronics en Isère, près de Grenoble, cette bande-dessinée écrite et illustrée par Maud et Elsa Lecarpentier nous confirme, si besoin était, toute la démesure du système capitaliste, ses besoins de croissance infinie dans un contexte d’une planète finie, aux matériaux et ressources limitées.
Écrite de manière pédagogique, utilisant l’humour et la caricature, la BD permet de situer facilement les enjeux malgré ce qui peut sembler complexe de prime abord, au carrefour d’enjeux technologiques, scientifiques et politiques. Le scénario utilise le moyen d’un dialogue drôle entre deux poissons, l’un naïf, se posant des questions sur l’entreprise et la microélectronique à la manière d’une citoyenne modérée, mais ne pensant pas la situation très grave, et l’autre ayant l’argumentation et les données nécessaires à démontrer l’impasse dans laquelle se trouve la production des puces électroniques. On comprend ainsi rapidement que les intérêts de l’entreprise et de la population du Grésivaudan sont opposés. Sont déconstruites aussi les illusions de « souveraineté » en termes d’industrie et de défense promues par l’État subventionnant une production française, mais prisonnière de l’extraction ailleurs et exportatrice à tout va des composants. Un État permettant toujours plus de pompage et autorisant de multiples dérogations à la pollution chimique du secteur de la « tech ».
Toujours puce met en valeur également la démarche et les actions du collectif StopMicro [1], mobilisé depuis plusieurs années sur la question. Le collectif et la BD ne versent pas dans une argumentation anti-tech [2], mais « technocritique » et décroissante, au sens où la production massive de composants électroniques pour les besoins du capital, rend nécessaire l’interrogation sur les usages nécessaires ou non des technologies numériques actuelles qu’on nous vend comme inéluctables.
Ces conclusions nous ramènent bien sûr à la nécessité d’une autre société où les besoins réels sont décidés par la population et en fonction de la quantité de ressources disponibles.
Marius (UCL Toulouse)





