Lire : Onfray, « Le crépuscule d’une idole »

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Cet article présente un point de vue sur Freud et la psychanalyse qui peut être polémique, si des individus sont en désaccord, nous les invitons à contacter le journal et ainsi contribuer à animer le débat.

Les psychanalystes, psychiatres ou autres « psy » se déchaînent, avec un ensemble prévisible mais une virulence surprenante, contre le philosophe Michel Onfray. On dirait un essaim de guêpes fondant sur l’imprudent qui approche de son nid. C’est que l’imprudent en question vient de faire paraître une œuvre iconoclaste dénonçant la mystification comme fondement d’une science psychanalytique, et le charlatanisme de Sigmund Freud, son inventeur supposé. Le dernier article qu’il nous ait été donné de lire est paru dans Politis le 15 juillet dernier sous le titre « La mort d’Onfray ». Son auteur le conclut par cette injonction dont hélas, il s’affranchit lui-même : « on ferait bien de parler enfin d’autre chose », comme pour signifier que la discussion est close après qu’il ait parlé.

Octroyons nous l’impertinence de poursuivre le débat, et laissons le savant inventeur de la pseudo science aux prises avec son béotien de lecteur. Celui-ci, qui n’a éprouvé que révérence aimante pour son père et qui a entouré sa mère d’une affection pure, apprend du grand homme qu’il vit dans un monde où les fils ne pensent qu’à tuer leur père et à violer leur mère. Il s’étonne que de telles extravagances soient communément admises, commentées, disséquées, analysées, adoptées par de savants auteurs. Il est effrayé à l’idée qu’elles servent à des thérapeutes. Il est reconnaissant à Onfray de dissiper ces balivernes et de démontrer que le grand homme a érigé en règle générale les ressorts d’une conduite qui lui était personnelle. Il a mille autres occasions de tomber des nues, ne seraient-ce que les méthodes barbares mises au point pour soigner et prétendre guérir par des excentricités qui sont parfois devenues tragiques.

Le divan, objet matériel devenu notion abstraite, le laisse perplexe quand il apprend que le grand homme dormait à l’écoute de ses malades, et dépité quand Freud explique que dans son sommeil, son inconscient rejoint celui de son patient. Il ne peut croire qu’une quelconque vérité scientifique ait été construite par un homme qui croyait à la télépathie, à l’occultisme, au spiritisme et à la magie, et comprend que Freud n’ait pas osé donner à sa construction d’autre nom que celui de « mythe scientifique », expression dont la contradiction interne n’a pu lui échapper.

Le lecteur béotien est enclin à faire confiance à Onfray quand celui-ci découvre une mystification qu’il dévoile par des citations dont personne ne discute l’exactitude : elles émanent de Freud lui-même, de ses proches, de ses amis, de ses adeptes, de ses patients. L’étude appliquée des œuvres complètes du grand homme, la confrontation avec l’histoire, les déductions irréfutables convainquent le béotien qui n’aperçoit derrière ces révélations aucune intention malveillante. Les yeux s’ouvrent, pour lui, sur l’une des tromperies les plus flagrantes et à la fois les plus fumeuses de l’histoire des hommes.

Mais l’épais bon sens du béotien est largement ignoré des savantes analyses des savants auteurs qui ne se laissent pas prendre aux évidences du raisonnement simple. Ils ne contredisent pas Onfray argument contre argument, citation contre citation, déduction contre déduction. Ils n’opposent à sa thèse que le mépris de celui qui sait, sans en discuter le fond qu’ils n’abordent même pas. Ils concluent généralement leurs diatribes par l’une ou l’autre de ces questions brûlantes : pourquoi un tel engouement des médias ? Pourquoi tant de notoriété ? Pourquoi un tel succès de librairie ? Pourquoi cette manne tombant aussi drue sous forme de droits d’auteur ?

Il ne faut peut-être pas aller chercher bien loin les réponses. Le lecteur trouverait-t-il enfin dans une phrase élégante et claire l’accès à des notions simples, qu’on lui explique simplement dans un langage qu’il comprend et qui désembrume la prose obscure dans laquelle les initiés se complaisent ? Peut-être est-il rassuré de savoir que celui qui leur parle connaît à fond son sujet, qu’il a tout lu de Freud et sur Freud, qu’il a d’abord adhéré à ses théories, et que seule une étude approfondie lui a permis de découvrir d’artificielles arguties au soutien d’hypothèses controuvées. Il est sûr en tout cas que sa parole porte avec d’autant plus de vigueur qu’elle n’est pas sérieusement contredite.

On croit comprendre que la personne d’Onfray indispose les savants auteurs davantage que ses écrits. C’est le lot de tous ceux qui veulent affranchir leurs contemporains de l’un de ces obscurantismes qui voient triompher la foi du charbonnier contre les développements logiques de la raison.

Georges Apap (AL Ouest Hérault)

 
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