Lire : Rambaud, « Chronique du règne de Nicolas Ier »

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Patrick Rambaud est un écrivain reconnu dans le milieu littéraire. Prix Goncourt, prix de l’Académie française, il fait partie des auteurs de romans « installés ». Il a déjà écrit des parodies et pastiches, en particulier de Marguerite Duras [1]. Il s’était aussi attaqué aux politiques en livrant le point de vue du chien de Mitterrand [2]. Mais rien ne l’oblige à se lancer dans un pamphlet politique assassin qui va probablement lui valoir plus de rancœurs que de félicitations. C’est pourtant ce qu’il fait avec Chronique du règne de Nicolas Ier.

Court, incisif et jubilatoire, ce texte brocarde l’empereur Sarkozy et sa cour. Rambaud pastiche Saint-Simon pour ridiculiser les moeurs du pouvoir actuel. Là où l’auteur de Chronique du règne de Louis XIV faisait travail de courtisan largement autant que de chroniqueur, Rambaud, lui, flingue à tout va. Et il vise très juste.

Rambaud passe en revue les aspects les plus ridicules du pouvoir bling-bling pour mieux s’en moquer. Il met brillamment en scène l’impact des complexes présidentiels sur sa manière de faire de la politique. Il allume les pires mises en scène sarkozystes, comme la libération en Lybie des infirmières bulgares et du médecin palestinien, au profit d’une impératrice Cécilia qui en prend largement pour son grade. Il pointe le goût du luxe tape-à-l’oeil et les « amitiés » people d’un empereur pédant et inculte. Il distille tout au long du texte une image de Sarkozy et de sa cour comme des crétins un peu attardés, des espèces d’adolescents sans culture qui se retrouveraient avec la maison pour eux tout seuls en l’absence des parents.

Il n’hésite pas non plus à attaquer le fond de la politique. Ses cibles privilégiées sont la politique étrangère ultra-atlantiste et démagogue, et la politique xénophobe dont l’exécution est confiée à Hortefeux.

Il ne se limite pas à « l’empereur ». C’est toute la « cour », tout l’entourage présidentiel, qui est dépeint dans ce texte. Les ducs, marquis et autres cardinaux que sont Fillon, Guéant, Dati ou Kouchner ne méritent pas d’échapper au jeu de massacre, et donc ils ont le droit à leur dose.

Le tout est écrit dans un style enlevé, acerbe et percutant. ça se lit vite, bien, et on rit à chaque page. Aucune raison de se priver de ce plaisir.

Laurent Scapin (AL 93)

• Patrick Rambaud, Chronique du règne de Nicolas Ier, Editions Grasset, 2008.

[11. Marguerite Duraille, Virginie Q., Balland, 1988. Marguerite Duraille, Mururoa mon amour, Lattès, 1996.

[22. Baltique, Le Gros Secret : mémoires du labrador de François Mitterrand, Calmann-Levy, 1996.

 
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