Lire : Sarah Kaminsky, « Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire »

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Adolfo Kaminsky commence ses activités de faussaire engagé durant la seconde guerre mondiale. Il est d’abord déporté comme juif dans un « camp d’attente » à Drancy, mais grâce à sa nationalité argentine, il n’y reste que quelques mois et a donc la chance d’être libéré.

Kaminsky a appris d’un pharmacien de son village d’enfance des bases en chimie, matière qui le passionnait. Et du haut de ses 17 ans, il rentre alors dans les réseaux de la Résistance pour fabriquer des faux papiers pour les résistants, les familles qui doivent être déportées, les personnes en danger. Sans compter son temps : « Rester éveillé. Le plus longtemps possible. Lutter contre le sommeil. Le calcul est simple. En une heure, je fabrique trente faux papiers. Si je dors une heure, trente personnes mourront... ».

Sans pouvoir adhérer à aucune organisation, pour protéger celles et ceux qu’il aidait. Par la suite, il a beaucoup aidé les indépendantistes de la guerre d’Algérie (le FLN), ainsi que de nombreux mouvements de libération nationale dans le cadre de la décolonisation. Après la guerre et après avoir aidé le groupe Stern à lutter contre l’armée d’occupation anglaise, il a eu le projet d’aller vivre en Palestine. Traumatisé par la Shoah, attiré par l’aspect socialiste collectiviste du sionisme et la « libre circulation des peuples », il n’a toutefois pas « supporté que le nouvel état choisisse le religieux et l’individualisme, parce que c’était tout ce que je détestais. Une religion d’état, cela revenait à créer, encore une fois, deux catégories de populations : les juifs et les autres ».

Quand j’ai rencontré Kaminsky à la fête de la CNT en mai 2014 à la Parole errante à Montreuil, je l’ai écouté avec beaucoup d’intérêt. C’est ­aujourd’hui un vieux monsieur de 89 ans, très humble, paisible. Il m’a donné envie de lire son livre. On n’aurait peut-être jamais entendu parler de lui en effet si sa fille, Sarah Kaminsky, n’avait pas été motivée par le désir de transmettre son histoire aux générations suivantes. L’homme a toujours refusé d’être payé pour son travail et de faire des faux papiers pour des truands ou de fabriquer des faux billets (même pour financer des causes). Hasard heureux : j’ai eu également l’occasion d’aller écouter récemment au parc de Belleville son fils José Kaminski, né en 1977 à Bab El Oued en Algérie, dit Rocé.

Le rap de Rocé est un rap conscient, et comme son père, c’est le désir de participer à un monde de justice et de liberté qui justifie son engagement. En tant que jeune adolescent, cette histoire m’a permis de mieux comprendre l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et des diverses guerres d’indépendance. J’ai perçu aussi ce qu’est le courage.

Anarchy Kid & Co.

- Sarah Kaminsky, Adolfo Kaminsky. Une vie de faussaire, Calmann-Lévy, 2009, 258 pages, 17,45 €

 
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