Loi de sécurité globale : le gouvernement en pleine insécurité

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Dans un contexte de crise politique et de remise en cause de plus en plus virulente de la légitimité de la police, le pouvoir donne un tour de vis sécuritaire supplémentaire à l’aide de la loi dite de « sécurité globale ». En renonçant même au vernis démocratique – au débat parlementaire et au respect des libertés fondamentales – le gouvernement prend des risques, face à un front néanmoins traversé de divisions.

Alors qu’il était possible d’espérer que cette crise sanitaire déclenche au minimum un investissement de moyens dans l’appareil de santé, la bourgeoisie s’attelle toujours au pillage des maigres conquêtes du prolétariat, avec par exemple la réforme des retraites. Afin de se prévenir de toute résistance, la classe dominante étoffe ses armes, en élargissant ses possibilités de surveillance et de collecte d’informations [1], ainsi que par les lois sur le «  séparatisme  », sur la programmation pour la recherche, et enfin sur la «  sécurité globale  ». En reprenant également le champ lexical de l’extrême droite dans son entreprise, c’est une de ses formes les plus sinistres qu’elle menace désormais d’arborer.

La coupe est pleine

Depuis le quinquennat d’Hollande, le pouvoir ne s’encombre même plus des formalités démocratiques. Aujourd’hui, la loi dite de «  sécurité globale  » peut donc jouir d’une procédure accélérée et a été adoptée par l’Assemblée nationale le 24 novembre. L’élément de langage alors utilisé pour défendre cette loi, et plus particulièrement le controversé article 24 qui interdit la diffusion d’images permettant l’identification des keufs, est consternant  : il s’agirait de «  protéger ceux qui nous protègent  ». Cette propagande tombe à plat  : la vidéo insoutenable du passage à tabac de Michel Zecler, ainsi que les images choquantes de l’évacuation brutale des tentes et de plus de 400 migrants place de la République à Paris [2], viennent prouver la nécessité de filmer la police afin de rendre visibles ses violences.

Au-delà de l’article 24, c’est l’intégralité de cette proposition de loi, la logique dans laquelle celle-ci s’insère, et finalement la totalité des organes répressifs de l’État qui sont ici à dénoncer  : or, les esprits ont déjà pris le pas. Les mutilations et les volées de coups infligées aux gilets jaunes lors de la quasi-totalité de leurs rassemblements, s’ajoutant à l’attitude zélée des flics, ont fini de prouver la dangerosité de la police à celles et ceux qui auraient pu en douter.

En juin, l’assassinat de George Floyd aux États-Unis a ému jusqu’en Europe. C’est à la fois contre le racisme et la violence de la police qu’en France la mobilisation a d’ailleurs uni de front des organisations de proches des victimes de violences policières, leurs soutiens, ainsi que de nombreux et nombreuses jeunes. C’est en effet le courage et la ténacité de ces organisations qui ont réussi à en faire un sujet de société.

Le 28 novembre, une véritable marée humaine a défilé contre la loi de sécurité globale, à Paris et partout en France.

Convergences et collisions

Finalement, les syndicats ne sont pas en reste et n’hésitent pas à faire le lien entre accaparement de la richesse par la bourgeoisie et lois répressives. Ainsi, l’ensemble des très nombreuses manifestations et rassemblements depuis le 17 novembre revendiquent une large diversité d’aspirations à plus d’égalité économique et à plus de démocratie. À Toulouse par exemple, l’appel pour la manifestation du 12 décembre par la CGT du CHU [3] titre «  Un plan d’urgence pour notre Santé pas pour les profits  ! Plus de sécurité sociale, moins de sécurité globale  ». Le même jour, dans certaines villes, cette démarche devait même être associée aux luttes contre l’islamophobie de la loi sur le «  séparatisme  ». Le terrain est donc tout à fait propice à la formulation et la dissémination des idées radicales de notre camp.

Ce n’est cependant pas sans divisions ni ratés. «  Les libertés publiques et la vie démocratique de notre pays (sic) sont très gravement menacées  » conclut un appel au rassemblement toulousain du 17 novembre [4] lancé par Alternatiba. «  Le peuple de la liberté a marché partout en France contre la loi Sécurité Globale  » [5] titre un terrible communiqué de la coordination StopLoiSécuritéGlobale dénonçant les «  dégradations et violences  »… non pas de la police, mais des manifestants  ! La bourgeoisie n’a plus besoin de nous diviser, ceux qui ne tolèrent la violence que quand elle est le fait des bourgeois s’en chargent. En parallèle, l’amour de la posture et de la division nous faisant vraiment toucher le fond, Solidaires et la CGT ont été ciblés physiquement depuis l’intérieur même du cortège le samedi 5 décembre à Paris ; la semaine suivante, craignant une répression policière délirante d’un côté et les coups de poignard dans le dos de l’au­tre, plusieurs organisations ont retiré leur appel à manifester.

Le 12 décembre, alors que la même logique sécuritaire, le même autoritarisme sont à l’œuvre dans la loi de «  sécurité globale  » et dans la loi contre le «  séparatisme  », et que donc faire front uni contre ces deux lois paraissait évident [6], sur unioncommunistelibertaire.org., la convergence ratée de la manifestation du 12 décembre laisse un goût amer aux organisations en lutte contre le racisme. Les rassem­blements et défilés contre le ­sécuritarisme ayant été annulés, les protestations contre l’offensive islamophobe se sont retrouvées isolées, dans des rassemblements très restreints.

Finalement, face à une bourgeoisie qui ne veut rien lâcher et qui s’apprête à mater toute opposition, et alors qu’une large partie de la population est prête à re­mettre en cause l’ordre établi, il semble que les solutions révolutionnaires, prenant le problème à la ­racine soient prêtes à être entendues. Par ailleurs, il reste un travail à faire pour dépasser les divisions qui minent le mouvement alors même que des opportunités de faire front ne manquent pas  : pointer les limites des doléances toujours respectueuses de l’ordre établi, faire faire respecter la diversité des tactiques  : manifestations de masse et confrontations directes, la panoplie doit être complémentaire. Un ennemi commun : le pouvoir.

Géro (UCL Toulouse), avec Austin

[1« Retour du fichage des opinions politiques et de l’appartenance syndicale », sur rapportsdeforce.fr.

[2« Place de la République : la face visible des violences policières contre les migrants », sur rapportsdeforce.fr.

[3« Le 21 novembre pour un plan d’urgence pour la santé, par pour les profits », sur cgtchutoulouse.fr.

[4« Appel national à rassemblements 17 novembre à 18h contre la loi sécurite globale », sur universitepopulairetoulouse.fr.

[5« Le peuple de la liberté a marché partout en France contre la loi “sécurité globale” », sur snjcgt.fr.

[6« Contre l’islamophobie et la loi sur le séparatisme : faisons bloc le 12 décembre »

 
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