Luttes LGBTI : Aux Pride de Lille et d’ailleurs, porter nos voix libertaires

Créé en 2023 suite à la mise en place d’un appel à projets par la Mairie de Lille, le Collectif Lille Pride (CLP) a succédé au collectif historique, mais les enjeux de pouvoir en son sein ont gravement terni son image locale.
Le projet, porté par des associations militantes, des commerçantes et des commerçants d’une baronnie LGBTI locale éculée, est devenu le cadre de conflits d’intérêts inconciliables. D’un côté, des boutiquiers et boutiquières souhaitant une Pride colorée, festive, sans débordements et, avant tout, apolitique, et d’un autre côté, des associations et le J’en suis J’y reste – centre LGBTI de Lille souhaitant en faire un moment de défense et de revendication de nouveaux droits pour les personnes LGBTI.
Ce collectif s’est fait connaître des militants et militantes locales en enchaînant, année après année, les polémiques les plus indignes [1]. En 2024, un des bénévoles du collectif se révèle être un membre du Rassemblement national, ennemi mortel des LGBTI, en se moquant sur les réseaux sociaux des LGBTI « antifascistes ». La même année, des militants et militantes de l’Organisation de solidarité trans, organisation nationale de lutte pour les droits des personnes trans, se voient interdire l’accès au village associatif pour s’être simplement drapées d’un drapeau palestinien.
Ces éléments ont entaché la confiance des militants et militantes LGBTI et d’une partie du mouvement social qui se sont détournées de la Pride. Cela s’est confirmé en 2024 lorsque l’union départementale (UL) de la CGT, bien qu’éloignée des luttes féministes et LGBTI, a organisé à la même date une manifestation contre l’extrême droite. C’est cette même année que s’est tenu le premier cortège de lutte, héritier d’un travail débuté l’année précédente et qui rappelle que l’émancipation des personnes LGBTI s’inscrit avant tout dans la lutte des classes.
L’émancipation des LGBTI est une lutte des classes
En 2023, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites, des syndicats étudiants et des partis politiques composés de personnes LGBTI cherchent une alternative à la marche des fiertés habituelle déconnectée des revendications d’un mouvement social historique. Solidaires étudiantes Lille organise alors une Pride radicale après la Pride officielle. Les forces militantes se mettent en mouvement ; les questions d’accessibilité et les revendications des travailleurs et travailleuses y sont centrales. Malgré l’engouement et des ambitions importantes, la date peine à rassembler plus d’une soixantaine de personnes. Le constat est fait par les organisations signataires que cette marche rassemblant les militants et militantes déjà mobilisées n’a pas réalisé le souhait d’unir les travailleurs et travailleuses autour des questions LGBTI.
Durant l’année 2024, la création de l’inter-orga « Contre-offensive trans » à l’initiative de l’UCL s’inscrivait dans un contexte de multiplication des attaques contre les personnes trans et d’un manque de cadre inter-orga spécifique à Lille. Cette inter-orga rassemblait des organisations politiques (NPA-A, UCL), des syndicats étudiants (Solidaires étudiantes Lille, FSE Lille), des associations et collectifs LGBTI (OST, RESIST et JSJR) ainsi qu’un collectif féministe local, le CLLF (Collectif lillois de luttes féministes).
Elle s’est concentrée sur l’organisation d’un cortège de lutte pour la Pride de Lille. En parallèle, un cortège radical porté par des autonomes s’est construit. Les deux initiatives se sont finalement alliées et ont rassemblé 200 personnes. Le succès du cortège et le communiqué de l’OST accablant le CLP permettront de rendre publiques les contradictions en son sein.
La Pride de 2025 marque un tournant. Le cortège de lutte, aux mots d’ordre anti-impérialistes et en soutien au personnes trans, se montre encore plus massif et est animé par l’UL de la CGT. Le CLP s’enlise dans les conflits internes sur la politisation de la Pride et la rupture intervient lors de la première réunion d’organisation de l’édition de 2026. Les commerçantes, commerçants, la CFDT et certaines associations annoncent leur départ après avoir perdu un vote sur la présence d’autres drapeaux, en particulier les drapeaux palestiniens. C’est lors de cette même réunion que l’UCL adhère au CLP aux côtés d’autres partis révolutionnaires et organisations de lutte. Mais cette inversion du rapport de force n’est pas une fin en soi, et il s’agit maintenant de rassembler l’ensemble des organisations de masse (syndicats, associations et collectifs) autour de la table afin de construire une alternative dans la durée.
Maintenir la pression face à un système libéral
Dans des grandes villes, les collectifs libéraux des marches des fiertés, ont volontairement dilué la question de classe de l’émancipation des LGBTI au profit d’une lecture purement réformiste d’assimilation. Le chantage à la subvention par les mairies et la place qu’occupe la petite bourgeoisie LGBTI au sein de ces cadres restreint fortement leur combativité.
À Lille, l’implication d’organisations de lutte au sein du CLP montre ses premières avancées : le collectif se revendique aujourd’hui non-lucratif, porte un mot d’ordre revendicatif et le drapeau palestinien est présent sur l’affiche aux côtés d’autres peuples en lutte. C’est un premier pas, mais il ne faut pas s’en satisfaire. Il est crucial dans ce moment fascisant de réaffirmer les intérêts de classe des personnes LGBTI qui subissent aux quotidiens les attaques des forces conservatrices.
Sans tomber dans le poncif de « rejouer Stonewall », les marches des fiertés restent pour beaucoup le seul lien avec la communauté LGBTI et sont en première ligne lors de la prise de pouvoir des réactionnaires. À l’écriture de ces lignes, la nouvelle mairie de droite de de Faches-Thumesnils vient d’interdire la marche des fiertés prévue le 25 avril 2026. C’est pourquoi, l’un des enjeux consiste à construire des collectifs démocratiques et unitaires composés de l’ensemble des organisations du mouvement social.
Dans cette perspective, on assiste depuis plusieurs années à l’émergence d’organisations LGBTI se revendiquant du marxisme et solidaires des luttes des travailleurs et travailleuses. Le retour des questions prolétariennes au sein d’un mouvement qui s’en était détourné depuis une vingtaine d’années est la conséquence de l’échec des stratégies réformistes de rapprochement avec les pouvoirs institutionnels, associée aux attaques répétées de la bourgeoisie libérale envers les LGBTI et particulièrement les personnes trans. La construction de ponts entre le mouvement ouvrier et la communauté LGBTI est, loin d’une question morale, une nécessité de classe qu’il nous faut construire [2].
Helen et Laura (UCL Lille)





