Luttes LGBTI : Le rejet de l’asexualité dans les discours anti-trans

Ces derniers temps, des figures anglophones connues pour leurs positions transphobes ont multiplié les déclarations à l’encontre des personnes asexuelles – c’est à dire qui ne ressentent pas ou peu d’attirance sexuelle pour autrui. Mais pourquoi ces attaques ? Comment les discours anti-trans et anti-asexuelle s’imbriquent et se renforcent mutuellement ?
Le 6 avril, J. K. Rowling, connue pour son militantisme anti-trans, tweetait que la journée de visibilité asexuelle célébrait les « personnes qui veulent que des inconnues sachent qu’elles ne baisent pas et s’inventent une oppression à ce propos ». Ce n’est pas la première fois que des personnalités de l’extrême droite anglo-saxonne s’illustrent par leur rejet de l’asexualité. L’articulation de cette position avec le logiciel queerphobe peut sembler contre-intuitive. En effet, la haine anti-LGBTI se cristallise souvent autour de l’idée que les queer sexualiseraient ou pervertiraient les enfants, amalgamant du même coup LGBTI et pédocriminalité. Comment des personnes affirmant ne pas ressentir de désir pourraient s’intégrer dans cette rhétorique anti-trans ?
Dans un premier temps, ces militants et militantes ont pour fond de commerce la réaffirmation de la différence biologique entre hommes et femmes. En conséquence, ils et elles portent une vision biologisante de la sexualité et vont considérer l’asexualité comme une aberration maladive extrêmement minoritaire en opposition à une hétérosexualité saine et naturelle. Par ailleurs, les discours pro-asexualité seront compris par les réactionnaires comme de la propagande de « Big Pharma » pour normaliser l’explosion des prescriptions d’anti-dépresseurs dont un des effets secondaires peut être la perte de libido. Ces arguments complotistes, qu’on retrouve aussi employés à l’encontre des personnes trans, contribuent à dépolitiser la marchandisation de la santé.
Enfin, pour le lobby anti-trans, la transidentité est un rejet de sa sexuation et la transition médicale annihilerait la capacité reproductive. On peut penser aux transphobes qualifiant les opérations trans de mutilations ou aux difficultés à avoir accès à des droits reproductifs en tant que trans. Cette « asexualité imposée » [1], ou impensé des sexualités trans, participe d’un contrôle social quand la transphobie se caractérise aussi paradoxalement par l’hypersexualisation. Or, les pro-asexualité affirment que ce n’est pas un problème de ne pas avoir de sexualité. Ne pouvant accepter cela dans le logiciel hétérosexiste exposé plus haut, les anti-trans penseront que la visibilité asexuelle normalise la transidentité auprès du grand public.
Ces imbrications entre transphobie et rejet de l’asexualité nous invitent à penser plus finement nos discours. La simple visibilité asexuelle fait réagir les transphobes et pousse des activistes asexuelles à se positionner pour les droits trans. Dans cette lancée, il faut prendre acte de la critique du libéralisme des politiques de représentations qui considèrent que montrer l’asexualité permet l’émancipation des asexuelles en soi mais n’adressent pas la culture du viol qui impacte la façon dont les personnes investissent (ou non) leur sexualité. L’identité asexuelle touche à la gestion intime des difficultés sexuelles et à la désexualisation comme mécanisme oppressif, elle doit donc s’intégrer à nos cadres de compréhension du cis-hétéro-patriarcat.
Louison (sympathisante UCL)





