Macron à Rabat : L’impérialisme français en visite diplomatique

Fin octobre, Emmanuel Macron se rendait au Maroc en visite d’Etat sur invitation du roi Mohamed VI. Accompagné d’une délégation de plus de 100 personnes dont des personnalités politiques et des ministres (Bruno Retailleau, Sébastien Lecornu ou Jean-Nöel Barrot, respectivement ministres de l’intérieur, de la défense et des affaires étrangères) mais aussi des personnalités publiques : parmis elles Teddy Riner, Jamel Debbouze, Gérard Darmon ou encore Jack Lang. L’étendue de cette délégation jusqu’à des proches du président interroge d’autant plus qu’un rapport de la Cour des Comptes alertait déjà en Juillet sur les coûts faramineux des voyages en délégation à l’étranger. Alors que Macron a été reçu en grande pompe à Rabat, cette visite ressemble à s’y méprendre à un gala d’élites culturelles proches du pouvoir marocain comme français.
Dans les médias cette rencontre a été présentée comme une « réconciliation » entre les deux pays. En réalité, elle illustre une volonté de resserrer les liens franco-marocains pour consolider la présence française en Afrique du nord. Cela se fait au sein d’un axe diplomatique pro-israélien, décidémment bien attaché au mépris du droit international. Au delà des tapis rouges et des dîners, l’influence française au Maroc ressort grandie de cette rencontre sur fond de lutte pour l’indépendance du Sahara Occidental et de montée en tension avec le voisin Algérien. L’impérialisme occidental instrumentalise toujours les rivalités entre états-nations du Sud Global : la politique néo-coloniale de Macron et sa diplomatie bancale, contribuent à l’instabilité du continent tout entier.
La visite de Macron s’inscrit également dans une tradition de collaboration pour le controle des flux migratoires. L’agence Européenne Frontex a ainsi pratiqué le renvoi de migrants vers la Mauritanie ou la Lybie dès les années 2000. On a assisté à des négociations avec la Turquie d’Erdogan pour garder des centaines de milliers de réfugié-es syrien-nes sur son sol : depuis des années l’Europe sous-traite la gestion des migrations au Sud. État impérialiste n’y faisant pas exception, la France et son gouvernement raciste et conservateur cherchent par cette visite à négocier avec le Maroc pour y contenir les hordes de migrant-es fantasmées de l’extrême droite. Elle recherche davantage de possibilités de « réadmissions des ressortissants marocains en situation irrégulière ». En échange, Macron promet une coopération économique resserrée et des investissements français importants dans l’économie marocaine. En bref, un projet libéral qui sent bon « l’afroptimisme » Bolloréen. Si la France est la première source d’investissements directs à l’étranger (IDE) au Maroc, la situation d’endettement du pays auprès du FMI ne semble pas inquiéter le président qui embarque avec lui les patrons d’Alstom, Total Energies, Thalès, CMA CGM et autres grands capitalistes français. Des dizaines d’accords ont ainsi été signés entre des groupes français et le Maroc sous la bannière du « partenariat stratégique ».
Ainsi, le capitalisme français peut continuer de s’immiscer dans l’économie marocaine. La France peut se vanter de promouvoir la coopération et le partage tout en refusant de concéder la moindre miette de dignité aux demandeur-euses d’asile. En perpétuant les conditions de mort pour des centaines de milliers de gens qui fuient vers une vie meilleure.
L’Union Communiste Libertaire revendique le dépassement des frontières et du cadre national, vers une société fédéraliste où les bases politiques et économiques du racisme auront été abolies.
Mais Macron a également fait polémique dans son soutien à la colonisation marocaine au Sahara occidental. Si les contestations des frontières entre l’Algérie et le Maroc tiennent déjà de l’héritage colonial et donc du tracé arbitraire des frontières, Macron a choisi de privilégier ses liens avec le Maroc - quitte à se fâcher davantage avec l’Algérie et mettre un coup à la revendication d’indépendance des Sahraouis, quand bien même le droit international reconnaît leur droit à l’autodétermination. La lutte de libération nationale menée par le Front Polisario depuis près d’un demi-siècle est légitime. La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) proclamée en 1976 et membre fondateur de l’Union Africaine, doit être souveraine. La Mission des Nations Unies pour l’Organisation d’un Référendum au Sahara Occidental (MINURSO) a pour but depuis 1991 d’y organiser un référendum d’autodétermination. La France doit se plier aux revendications du peuple Sahraoui et cesser d’enfreindre le droit international en affirmant que « le présent et l’avenir du Sahara Occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine ».
Le territoire sahraoui est en outre défiguré par le « Mur de Sable ». Édifié par le Maroc à partir de 1980, ce « mur de la honte » est l’un des derniers grands murs-frontières au monde : 2700 km de fossé minés et surveillés par des milliers de soldats. Ce mur est aussi écologiquement que culturellement destructeur : le mode de vie nomade de certaines populations sahraouies se heurte à cette barrière infranchissable. L’attitude prédatrice du Maroc n’est pas seulement motivée par des arguments nationalistes ; elle est aussi alimentée par la raison extractiviste de l’état marocain : le Sahara Occidental est riche en phosphate utilisé dans de nombreux produits agricoles. C’est aussi une région pétrolifère avec d’importantes ressources offshore. Des minéraux aux hydrocarbures, en passant par les réserves de poisson, le Sahara Occidental est une manne exceptionnelle pour le Maroc qui en occupe 80% du territoire. L’économie, intrinsèquement coloniale, repose sur la division impérialiste Nord/Sud qui structure le capitalisme mondial.
Malgré cette situation, certaines formations politiques de gauche refusent de prendre position. Nous, communistes libertaires, dénonçons l’alignement français sur l’état Marocain. Nous affirmons la nécessité de permettre l’indépendance totale du Sahara Occidental et exigeons la reconnaissance par la France de la RASD. Nous appellons à soutenir la lutte de libération nationale du peuple sahraoui.
حرية ديمقراطية وحدة
Liberté, Démocratie, Unité
Slogan des indépendantistes sahraouis
Union communiste libertaire, 15 novembre 2024.
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