Manifestation nationale pour l’emploi : Un tournant pour Solidaires

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Le samedi 24 mars, l’Union syndicale Solidaires a organisé, à Paris, une manifestation nationale pour l’emploi. Décidée en février dernier, celle-ci constituait une première pour la plus jeune organisation syndicale interprofessionnelle de notre pays, fondée en 1998.

Cette mobilisation s’intègre dans un contexte de progression de l’effectif de l’Union syndicale – 100 000 adhérents revendiqués à son congrès de 2011 – et de développement accru, d’une part localement, via la présence de Solidaires départementaux sur quasiment tout le territoire, voire des Unions locales dans certaines régions, et, d’autre part, dans le secteur privé : un tiers de ses membres en est issu, avec de nouvelles implantations dans l’industrie, le commerce, la sécurité ou le bâtiment, plus aisées après la loi du 20 août 2008 réformant la représentativité syndicale.

[*Une intersyndicale mollassonne*]

Sa forte implication dans le mouvement de défense des retraites de l’automne 2010 a également fait de l’Union une force remarquée dans les actions locales de manifestations et de blocages.

Solidaires, membre de l’intersyndicale nationale, voulait, de la sorte, également répondre à l’urgence de la situation sociale alors que ce cadre unitaire, désormais réduit à cinq organisations, n’impulse pas d’actions revendicatives d’ampleur face à la violence des dernières attaques du pouvoir (TVA antisociale, accords compétitivité-emploi, stigmatisation des chômeurs, etc.). Le peu de succès des précédentes journées d’action, impulsées par cette même intersyndicale, et l’envie de ses équipes d’en découdre ont également constitué un catalyseur.

Elle tient aussi, dans la période électorale, à ne pas borner son action à une possible alternance, ni à paraître subordonnée à tel ou tel parti, à l’instar des rapports actuellement entretenus entre la CGT et le Front de Gauche, et encore moins à verser dans une posture apolitique – entendre comme a-revendicative – telle qu’adoptée par la CFDT…

Loin de constituer un réflexe identitaire, cette manifestation se voulait ouverte aux équipes syndicales d’entreprises (peu ont cependant répondu à cet appel), aux salarié-e-s en butte aux plans sociaux (des délégations de PSA, de la Fnac et de Virgin étaient à l’honneur) et aux mouvements de chômeurs, qui étaient représentés tout comme des travailleurs sans-papiers.

[*Un salaire, un emploi, c’est un droit !*]

Elle rentre aussi en résonance avec les mouvements initiés par d’autres syndicats de base européens (Espagne, Italie, etc.) avec qui Solidaires travaille régulièrement.

Pari tenu : le défilé, qui s’est étalé durant deux heures entre la place de la Bourse et Jaurès, a rassemblé près de 5 000 manifestants, dont la moitié montés d’une quarantaine de départements de Province. Il avait une forte tonalité interprofessionnelle : le gros des manifestants ne provenait pas des grandes fédérations qui forment l’ossature de Solidaires (Impôts, PTT, Rail et Santé) mais plutôt d’autres syndicats Sud (Collectivités territoriales, Éducation, Étudiant, Hôtellerie, Industrie, Pôle emploi, etc.). Cette forte participation militante était décuplée par des slogans pêchus, arborés et repris au sein d’un cortège coloré, animé par plusieurs artistes dont la compagnie Jolie Môme.

La manifestation s’est terminée rotonde de la Villette, par une prise de parole d’Annick Coupé, déléguée générale : cette dernière a réaffirmé les revendications de Solidaires en matière d’emploi (l’arrêt des licenciements, création d’un droit de veto des comités d’entreprises, d’un nouveau statut du salarié assortis de droits nouveaux et financé par un fond patronal mutualisé, le passage aux 32 heures, etc.). Elle a également insisté sur le fait que ces exigences, pour aboutir, nécessitaient la mise en place d’un rapport de force massif et prolongé devant une foule qui scandait : « grève générale ! ».

Précarité, chômage, emploi : assez de promesses bidons ! Élections ou pas, nous voulons des actes… et il faut des luttes pour cela !

L.D.

 
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