Écologie

Mexique : le « Train maya », arme de domination

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À travers le monde, les mégaprojets sont légion. Sous couvert de développement territorial, énergétique, touristique, ils servent avant tout à enrichir des entrepreneurs avides de conquérir de nouveaux territoires à piller et à exploiter. Ils sont souvent la première interface permettant ensuite à d’autres projets économiques de s’implanter, comme par exemple l’industrie minière. Le Mexique n’est pas exclu de cette dynamique.

Dans le sud-est du pays, le dernier outil de colonisation inventé par le gouvernement mexicain s’appelle «  le train maya  ». Ce mégaprojet est une boucle ferroviaire de 1 500 km reliant sites archéologiques mayas et stations balnéaires des États de Campeche, du Chiapas, de Quintana Roo, de Tabasco et du Yucatán.

Estimé à huit milliards de dollars, le projet vise à transporter 600 à 800 000 nouveaux touristes par an, à développer les infrastructures touristiques et hôtelières des différentes villes et sites de la péninsule et par la suite à amener à un développement économique plus global, en facilitant notamment le travail de l’industrie extractiviste pour créer de nouvelles mines dans la région. Il est présenté par le gouvernement comme un point de développement des communautés, comme un instrument de bien-être social. Ce rêve capitaliste permettrait de développer l’emploi, le commerce, la modernisation des infrastructures…

Une catastrophe annoncée

Mais du point de vue des populations locales, un tout autre son de cloche retentit. Le projet ferroviaire est perçu comme une invasion de leur territoire, allant même jusqu’à l’appropriation du nom de leur peuple, et prévoyant de déplacer et de détruire la vie des personnes qui vivent dans les zones longeant la voie ferrée. Dans les communautés, les activités agricoles font vivre pas moins de 146 000 indigènes sur ce territoire. Les paysannes et paysans indigènes expulsés de leurs terres n’auront alors d’autre choix que d’aller travailler pour ces consortiums hôteliers et touristiques pourvoyeurs d’emplois précaires et temporaires.

De plus, les complexes touristiques vont générer de multiples pollutions (surexploitation des ressources locales, production de déchets en tout genre). Les ressources en eau potable seront consacrées aux piscines et aux sanitaires des hôtels plutôt qu’à une utilisation pour les populations locales qui en manquent déjà, que ce soit pour un usage domestique ou à des fins agricoles et vivrières.

En termes écologiques, le train est une menace pour la plus grande forêt tropicale restante d’Amérique centrale, la réserve de Calakmul, considérée comme la seconde biosphère la plus importante après l’Amazonie pour sa production d’oxygène. Ce territoire sera alors colonisé par un complexe touristico-industriel et de nouvelles technologies, comme le prouve le projet de créer une bande passante du réseau 5G sur une étendue de 15 km de chaque côté de la voie ferrée.

Le gouvernement mexicain a par ailleurs révélé le 9 juin dernier que le train fonctionnerait au diesel, d’autant plus polluant pour les populations, la faune et la flore vivant à proximité du parcours du train. L’État mexicain a bien réalisé des consultations des populations, mais elles étaient truquées, partielles et biaisées.

Le Haut-Commissariat des Nations unis aux droits de l’homme a noté que «  la consultation, le protocole et les informations présentées ne faisaient référence qu’aux avantages possibles du projet et non aux impacts négatifs qu’il pourrait causer  ». Il a également fait remarquer «  qu’en conséquence de la manière dont le projet a été présenté […], les populations des communautés ont exprimé leur accord avec le projet comme un moyen d’attirer l’attention sur leurs besoins fondamentaux […], une logique qui affecte le caractère libre de la consultation  » [1].

« Non au train maya et au projet de destruction »
« Nous ne serons plus des ouvriers, ni votre main d’oeuvre pas cher, ni vos domestiques. Nous sommes et serons la résistance et la rebellion » Affiche zapatiste.

Notons enfin que la participation a été très faible (principalement des notables, sous-représentation des femmes...). Dans le contexte international de crise sanitaire du Covid–19, le président mexicain, interrogé sur l’avancement des grands travaux à travers le pays, veut «  maintenir le cap pour relancer l’économie et créer des emplois  ». Au Mexique aussi, le jour d’après se résume à une fuite en avant productiviste pour restaurer les profits et relancer la croissance capitaliste.

Trucages, menaces et paramilitaires

Les populations indigènes luttent depuis plusieurs années contre ce projet mortifère et ont déjà réussi à le suspendre temporairement. Mais c’est un phénomène qui se reproduit partout sur la planète  : les pseudo consultations «  démocratiques  » et les recours en justice qui ne valent que quand ils servent les intérêts capitalistes  ! Déjà des discussions sont engagées pour modifier la loi et éviter que les recours ne retardent le début des travaux. Et quand cela ne suffit pas à décourager les opposants, les bonnes vieilles méthodes sont de mise (menaces, divisions, criminalisation du mouvement de défense des intérêts de la population, recours aux milices paramilitaires etc.).

L’irruption en 1994 de l’EZLN et la mise en œuvre depuis plus de vingt-cinq ans d’un modèle de société égalitaire, féministe et anticapitaliste autogéré au Chiapas est une épine dans le pied des dirigeants mexicains et américains. Leur combat pour la terre et la liberté, malgré certaines limites, est une source d’inspiration pour bien des peuples et nous rappelle que les luttes locales et la solidarité internationale peuvent payer. Il est important en tant que communistes libertaires internationalistes de populariser et de soutenir cette lutte !

Continuons de combattre les grandes firmes capitalistes et leurs émanations ici, que ce soit les industries extractivistes et destructrices tout comme l’activité touristique néocoloniale et de consommation, ici comme là-bas.

Le sous-commandant Marcos le soutenait déjà il y a quelques années  : «  Le meilleur moyen de nous soutenir est de faire la révolution chez vous  ! ».

Cédons la parole aux zapatistes, directement touchés par ce méga-projet dans leur territoire  : «  Mégaprojet signifie détruire un territoire entier. Tout. L’air, l’eau, la terre, les gens. Avec le mégaprojet, la bête ne fait qu’une bouchée des villages entiers, des montagnes et des vallées, des rivières et des lacs, des hommes, des femmes, des autr@s, des petits garçons et petites filles. Et une fois qu’elle a fini de détruire, la bête va ailleurs en faire autant [...]. Alors, en tant que zapatistes que nous sommes, nous disons clairement que seul un imbécile peut dire que les mégaprojets sont bons.  » [2]

Groupe de travail Agriculture de l’UCL

[1Sub-commandante Moises, 31 décembre 2019.

[2Déclaration du 19 décembre 2019, Hchr.org.mx.

 
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