Nécrologie

Michel Desmars (1942-2021), militant de Mai

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Michel Desmars est décédé le 21 décembre, à 79 ans. Figure rouge et noir du mois de mai 1968 à Tours, cheminot et syndicaliste révolutionnaire, internationaliste, il fut tout cela à la fois.

En 1968, le mouvement de Mai saisit Michel Desmars, cheminot affilié à FO, mais surtout à l’Union des anarcho-syndicalistes. Entré à la SNCF en 1961, il est agent de conduite, attaché au dépôt de Saint-Pierre-des-Corps (37), et participe activement à la grève avec occupation, ainsi qu’il a raconté pour la revue de l’Union syndicale Solidaires à l’occasion du cinquantenaire de mai [1]. Les assemblées générales rythment le mouvement, outils de libération de la parole et d’auto-organisation. En parallèle de cet engagement dans la grève, il anime, au côté de Georges Fontenis, le Comité d’action révolutionnaire (CAR) de Tours.

Exclu de FO en 1969, Michel Desmars traverse une phase antisyndicaliste, et très marqué par l’esprit de Mai, il cherche à promouvoir l’expression d’une forme d’autonomie ouvrière, que ce soit en participant aux Cahiers de Mai ou au bulletin Action-Cheminots. En 1969, il est, avec Georges Fontenis, un des cofondateurs du Mouvement communiste libertaire (MCL), et sera directeur de publication de son journal, Guerre de classes.

Animateur de la gauche CFDT

Alors que le MCL – devenu OCL dite « première manière » en 1971 – décline, Michel Desmars rejoint la CFDT en 1974 et y prend très vite des responsabilités. Il sera un des animateurs de la gauche syndicale de cette centrale vingt années durant. Révolutionnaire et autogestionnaire, il est de toutes les aventures de regroupement de cette gauche syndicale, au travers notamment des revues Résister, Collectif et jusqu’aux Cahiers syndicaux [2]. En 1986, il est parmi ceux qui lancent la grève reconductible à la SNCF et mettent l’outil syndical à disposition des assemblées générales cheminotes et de la coordination des agents de conduite, non sans échanges houleux avec la direction de la CFDT, qui condamne l’auto-organisation [3].

Sans surprise, et alors qu’il a pris sa retraite en 1992, il participe à la création de SUD-Rail en 1996 puis au développement de l’Union syndicale Solidaires, notamment au travers de son activité internationaliste comme dans l’Union départementale de Haute-Garonne.

Militant de l’UTCL

Après l’expérience du MCL-OCL, Michel Desmars avait rejoint l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) en 1980 et participé à sa branche Transports. Il fut parmi les signataires de l’Appel pour une Alternative libertaire qui allait déboucher sur la création de l’organisation du même nom en 1991. Mais il n’allait pas poursuivre dans cette voie et cessa d’adhérer à une organisation communiste libertaire.

En 2001, il participa à l’expérience de la liste Motivé-e-s à Toulouse, où il figurait en 3e position, et fut élu au conseil municipal. En 2007, quand les militantes et militants syndicalistes et libertaires critiquaient la « fausse bonne idée de la candidature Bové » à la présidentielle, il participait au contraire à l’équipe de campagne de l’ex-syndicaliste paysan.

Maire du Verdier, son petit village du Tarn, à la fin de sa vie, Michel Desmars n’en était pas moins resté un homme du camp de l’émancipation, l’un des nôtres.

Théo Roumier

[1Michel Desmars, « Mai 68 à Tours, souvenirs, souvenirs… », Les Utopiques n°7, printemps 2018.

[2Une partie des collections de ces revues est conservée à Montreuil au Fonds d’archives communistes libertaires (FACL) auquel Michel Desmars a contribué. Voir aussi Michel Desmars, « Quand la gauche syndicale se dotait d’outils pour avancer… », Les Utopiques n°4, février 2017.

[3Voir Théo Roumier [Rival], Syndicalistes et libertaires, une histoire de l’UTCL (1974-1991), Alternative libertaire, 2013.

 
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