Militants égyptiens à Paris : La répression à coup d’expulsions

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Un exemple parmi tant d’autres de la répression contre les migrants menée par l’ex-ministre de l’Intérieur devenu Premier ministre. Des opposants égyptiens réfugié-e-s à Paris font l’objet d’obligations de quitter le territoire, alors qu’ils risquent leur vie en Égypte.

Le 28 janvier dernier, huit militantes et militants égyptiens proches des associations « 25 janvier en France » et « 25 janvier Paris » sont contrôlé-e-s, puis retenu-e-s pendant seize heures au commissariat à Paris. Cinq partiront en rétention et en sortiront avec des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Ils venaient de manifester cinq minutes, sans autorisation mais pacifiquement, devant le bureau militaire égyptien à Paris. Ils dénonçaient la répression militaire sanglante qui frappe la résistance égyptienne : torture, meurtres et emprisonnements arbitraires, dont on n’entend pas beaucoup parler en France. Bizarrement, la police, qui n’avait pas agi lors du rassemblement et devait jusque-là seulement les raccompagner au métro, a au dernier moment décidé de les arrêter sur ordre de la préfecture. On n’a pas la preuve que le bureau militaire a communiqué avec le préfet, mais on a comme un doute...

Voilà un bel exemple de la politique qui a fait monter notre sinistre de l’Intérieur à Matignon ! Si jusqu’à maintenant les mouvements en faveur de la révolution égyptienne n’étaient pas réprimés, cette arrestation constitue un tournant : l’État n’ignore pas seulement la répression meurtrière du pouvoir égyptien, mais s’en fait désormais le relais en s’attaquant directement aux opposants au régime sur son territoire. Faute d’arriver à criminaliser le mouvement, on l’intimide et on fait peser la menace d’une expulsion.

Belle cible pour les démagogues

Il n’y a pourtant pas besoin de creuser beaucoup pour comprendre les risques d’une expulsion. L’Égypte compte aujourd’hui 22 000 prisonniers et prisonnières politiques, et on sait que certains peuvent tout simplement disparaître. Les condamnations arbitraires s’enchaînent, certains jeunes se faisant même condamner par les trois gouvernements successifs (on a même vu un opposant se faire condamner 18 fois d’affilée, un autre, Ahmed Douma, emprisonné malgré une maladie grave et menacé de mort). Le tribunal administratif de Paris, qui est saisi par les avocats des militants, a d’ailleurs reconnu qu’il était inenvisageable de renvoyer en Égypte des opposants au régime, vu les risques qu’ils y couraient. Mais étrangers et révolutionnaires, ça fait une belle cible pour les démagogues aux dents longues.

Un comité de soutien s’est constitué en mars pour réclamer l’abrogation des OQTF, soutenir les camarades « haragas » et informer sur l’évolution de la situation en Égypte. Jusqu’à présent, il peine à se développer. Un meeting s’est tenu à la bourse du travail de Paris le 28 mars, mais il n’a eu que peu de répercussions. La récupération de la parole à des fins électoralistes, notamment par le Parti de gauche, a plus que découragé plusieurs soutiens... Soutenons plus que jamais les camarades égyptiens, pour continuer à faire entendre en France et en Égypte le mot d’ordre de la révolution : pain, liberté, justice sociale !

Clem (AL Paris-Nord-Est)

 
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