Mort de Lamine Dieng : L’impunité policière n’en finit plus !

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Après six ans et onze mois d’enquête, les policiers à l’origine de la mort de Lamine Dieng, 26 ans, mort « étouffé » dans un fourgon de police dans la nuit du 17 juin 2007 à Ménilmontant, ont bénéficié d’un non-lieu. Une manifestation de commémoration a eu lieu le samedi 21 juin 2014.

Il y a sept ans, Lamine Dieng était retrouvé mort dans un fourgon de police. Ce soir-là, trois policiers se rendaient rue de la Bidassoa, dans le XXe arrondissement de Paris, à la suite d’un appel téléphonique signalant une altercation. D’après les témoignages des policiers, c’est là qu’ils trouvèrent Lamine allongé sous une voiture. Toujours ­d’après les policiers, il aurait été très agité et aurait bousculé les agents. Ils ont alors appelé des renforts. Deux autres policiers sont arrivés suivis d’un capitaine et d’un lieutenant. Lamine a été immobilisé par cinq policiers, face contre terre, les mains menottées dans le dos, le bras droit passé par-dessus son épaule et les pieds entravés par une ­sangle. Il a ensuite été transporté dans un car de police, où on l’a placé dans la même position. Le calvaire de Lamine a duré trente minutes, au cours desquelles il a été maintenu face contre terre sous le poids des policiers qui étaient agenouillés sur son dos. La famille de Lamine Dieng n’a été informée de sa mort que 48 heures plus tard, un décès officiellement dû à un arrêt cardiaque. Après plusieurs marches silencieuses, un comité de soutien s’est créé dans le quartier.

« Un permis de tuer pour les policiers »

La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), avait affirmé que la mort de Lamine fut provoquée par une « contention inadéquate ». Toutefois, selon Amnesty International, aucune procédure disciplinaire n’a, à ce jour, été entamée contre les policiers qui ont procédé à l’interpellation. La justice a délivré le 24 mai dernier un non-lieu pour les policiers. Dès l’annonce de la décision de justice, Ramata Dieng, la sœur de la victime, déclarait « Pas de justice en France pour les victimes de violences policières, l’impunité délivre un permis de tuer aux policiers meurtriers. Merci la république bananière de nier notre droit à la vie et de nous priver de notre droit à la justice ».

Comme chaque année, le collectif Vies volées a appelé à la mobilisation le samedi 21 juin dans le XXe à Paris. Une mobilisation qui a rassemblé un cortège de 150 à 200 personnes. Pour ne plus que ces familles se sentent seules, Ramata et d’autres ont monté le collectif Vies volées en 2010 afin de rassembler l’ensemble des associations Vérité et justice. D’autres organisations, parmi lesquelles le collectif Angle mort ou Urgence notre police assassine, continue à refuser la fatalité de cette impunité policières.

Plusieurs centaines de morts depuis trente ans

Ces dernières années, Lamine ne fut malheureusement pas le seul à tomber sous la botte de la police ! Akim Ajimi à Grasse, Ali Ziri à Argenteuil, Wissam el-Yamni à Clermont-Ferrand, Amine Bentounsi à Noisy-le-Sec, etc. Depuis trente ans, c’est plus de 300 morts sous les coups de la police, avec des morts en constante augmentation chaque année (85 mort connu entre 2005 et 20121) !

Il ne peut plus être acceptable de parler de bavures, les crimes policiers ne sont pas un hasard, mais la conséquence systémique d’un ordre social inégalitaire et raciste, ou la vie d’un jeune prolétaire issu de la colonisation ne vaut pas grand-chose. Et de par l’impunité dont bénéficie les policiers de façon systématique, ces crimes constituent le paroxysme de la violence de classe en France aujourd’hui et doivent être dénoncés de la façon la plus combative par le mouvement social et par tous ceux qui se revendiquent de la lutte des classes, afin de faire sortir ces affaires du silence. à quand la tête de Lamine, de Wissam ou d’Amine à la Une d’un journal syndical ou politique pour faire sortir ces morts du silence ?

Nicolas Pasadena (AL Montreuil)

 
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