Nike : Une grève marathon et la victoire au bout

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Une première, et une belle : trois semaines de grève dans le plus grand magasin Nike de France, sur les Champs-Élysées. C’est ce qu’il aura ­fallu pour faire plier le mastodonte américain.

Du 8 octobre au 1er novembre, le plus grand magasin Nike de France, sur les Champs-Élysées, a connu sa première grève. Exaspérés par le comportement des managers et leurs piètres conditions de travail, le personnel du stock, suivi ensuite par près de la moitié des employé·es du magasin, a cessé le travail.

La quarantaine de grévistes, souvent de moins de 30 ans et avec une faible ancienneté compte-tenu du turn-over, exigeaient entre autres un suivi efficient par la médecine du travail, la bonification des heures de nuit à 100% – et non plus à 15% – conformément à la loi, un planning adapté (la plupart des vendeurs sont aussi des sportifs, d’où leur surnom d’« athlètes ») mais aussi l’augmentation des salaires.

C’est par l’entremise d’un militant de SUD-Rail que les grévistes se sont mis en relation avec SUD-Commerce, qui les a aidés à hiérarchiser leurs revendications et à les formaliser par voie de tract, à se réunir régulièrement pour conduire leur lutte, à aller voir leurs collègues des Halles et de la Défense puis à tenir un piquet quotidien sur les Champs-­Élysées à partir du 17 octobre.

En parallèle, un semblant de dialogue s’est ouvert avec la directrice des ressources humaines Europe. Mais celle-ci a refusé de discuter avec SUD, qui avait pourtant désigné un représentant de section syndicale, ne voulant parler qu’à la CFDT, le syndicat maison qui n’était même pas dans l’action !

Un accord qui ouvre des perspectives

Au bout de deux semaines, la DRH a mis sur la table un protocole de fin de conflit, laissant entendre qu’il était à prendre ou à laisser. Petite période de flottement alors, de la part des grévistes qui voyaient venir avec appréhension le premier mois de grève et les retenues de salaire. Pour franchir ce cap, SUD les a aidés à médiatiser leur lutte au plan médiatique et militant et à lancer une caisse de grève.

Leur ténacité aura été payante. Une semaine de lutte supplémentaire, et la direction Europe a cédé sur toutes les revendications propres au magasin. Elle a en outre prévu d’engager immédiatement la négociation d’un accord sur le travail en soirée, et de compenser le retrait de salaire par le versement de la prime d’objectif sur les trois derniers mois… y compris aux non-grévistes.

C’est donc la tête haute que les grévistes ont repris le travail le 2 novembre, après avoir approuvé l’accord. Le 4 décembre suivant, ils avaient rendez-vous aux prud’hommes avec SUD, pour demander la régularisation de leurs heures de nuit. Si la direction refusait de négocier, ils et elles étaient tout disposés à rejoindre la grève interprofessionnelle du 5 décembre !

Laurent Degousée (SUD-Commerce)

 
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