Noisy-le-Sec : Licenciements sauce financière

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Exemplaire par la détermination des salarié-e-s, la lutte chez Tassos l’est aussi par le type d’employeurs qui, avant d’être des industriels, sont d’abord issus de la finance.

Chez Tassos, les salarié-e-s sont en grève depuis le 10 mars, contre un plan de licenciement de 41 salarié-e-s sur 88. Au mois de mars, la direction a annoncé sa volonté de produire deux fois plus avec moitié moins de personnel, de recourir à l’intérim sans exclure de nouveaux licenciements, alors qu’une partie du personnel est sollicitée le samedi et le dimanche. En plus, la société n’a pas publié ses comptes depuis dix ans, comme elle y est tenue par la loi, et le délégué syndical CGT a fait l’objet de trois procédures de licenciement, rejetées par l’Inspection du travail.

Un peu d’histoire

À Noisy-le-Sec, Tassos est à l’origine une petite entreprise familiale de produits grecs, devenue l’un des « leaders » des taramas et blinis. En 2006-20007 ses dirigeants cèdent cette PME à la société Charles Armand, autre entreprise familiale alimentaire basée à Flers dans l’Orne. Ainsi est formé le groupe Amarys, pôle stratégique cohérent, doté d’un outil industriel de premier plan.

Mais la spécificité de ce nouveau groupe réside dans son financement, dans le cadre d’une opération de LBO (voir encadré), sous l’égide d’une holding financière, EDLM (Européenne de la Mer). C’est cette dernière qui détient les rennes, en regroupant non seulement les dirigeants apparents de ces entreprises, mais surtout leurs financeurs. Ceux-ci ont déjà partie liée au sein de diverses sociétés financières, comme GIMV, société de capital-risque cotée en Belgique et spécialiste des montages LBO aux cotés, notamment d’AXA, BNP Paribas ou AGF.

Pour justifier les licenciements, le PDG d’Amarys, obligé des financiers, déclare à la presse : « Alors que les sites de Flers et Frontignan produisent 40 à 50 kg par heure et par employé, celui de Noisy n’en produisait même pas 20 kg. Cherchez l’erreur, j’ai du y mettre de l’ordre… » [1] .

Jouer les divisions !

La direction cherche en effet à opposer les salarié-e-s des différents sites tout en ayant déposé le bilan, auprès du tribunal de commerce d’Alençon, de la société noiséenne et de la maison mère Amarys qui gère les sites de Flers et Frontignan. Les deux sociétés sont donc en redressement judiciaire pour six mois et les salariés s’attendent à de nouvelles annonces de licenciement.

Dans ce dépôt de bilan, la direction s’est bien gardée d’inclure la holding EDLM, dont le représentant se répand dans la presse sur la responsabilité des grévistes. Il argue également d’erreurs de gestion passées, mais gageons que ces spécialistes de la finance auraient très bien pu voir ces prétendues erreurs lors de la reprise du groupe.

Décidé-e-s à ne pas subir les conséquences d’une crise dont ils ne sont pas responsables, les salarié-e-s revendiquent la réintégration et le reclassement des licenciés et monnaieront cher leur maintien dans l’emploi. Chaque semaine, avec l’union locale CGT, ils informent et organisent la solidarité sur les marchés et aux portes de l’entreprise. Soyons nombreux à leurs cotés !

Seznec (AL 93)

- solidarité financière à adresser à l’union locale CGT, 15 rue Adrien-Damoiselet, 93130 Noisy-le-Sec


<titre|titre=Les LBO (Leverage Buy Out)>

Ce sigle désigne une technique de financement pour l’acquisition d’une société par le recours à de l’endettement bancaire, ce qui donne un effet de levier sur la société. En effet, c’est l’entreprise rachetée qui rembourse la dette ayant servi à son rachat, permettant ainsi au fonds d’investissement qui rachète de ne payer qu’une partie de la valeur totale de la société. Revers de la médaille, l’entreprise doit rembourser cette dette. L’acquéreur financier poursuit ainsi une politique d’amélioration de la rentabilité, en relevant ses prix de vente, en diminuant ses dépenses, en investissant ou en rachetant des concurrents.

En savoir plus sur les LBO : http://fr.wikipedia.org/wiki/LBO Pour des projections-débats, voir le documentaire (DVD) LBO les insoumis, tourné par le collectif LBO de la CGT : http://www.collectif-lbo.org

[1Ouest France du 2/04/2009.

 
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