Non à l’état d’urgence !

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Pour répondre à la révolte des quartiers populaires, le gouvernement Villepin prolonge l’état d’urgence décrété en vertu de la loi d’exception du 3 avril 1955. Cette loi avait été initialement appliquée entre 1955 et 1962 du temps de la guerre d’Algérie, puis en 1984-1985 en Nouvelle-Calédonie, pour mater la rébellion indépendantiste du peuple kanak.

Ziad Benna et Bouna Traoré sont morts électrocutés dans un transformateur EDF, un troisième mineur est dans un état grave. Ils se croyaient poursuivis par la police. La mort de ces deux adolescents aura été l’étincelle. La jeunesse des banlieues est saturée de rancœur contre un État qui, depuis des années, ne lui apparaît plus que dans son essence policière, judiciaire, et de plus en plus pénitentiaire.

Dans les quartiers populaires, les habitant(e)s vivent constamment dans la peur, pour eux ou leurs enfants, des contrôles d’identité humiliants, au faciès, des arrestations arbitraires, des passages à tabac impunis, et des inculpations pour « outrage et rébellion » frauduleuses afin de satisfaire à la « politique du chiffre ». Rappelons-nous simplement la lutte d’un quartier de Dammarie-les-Lys en juillet 2002 contre l’insécurité policière.

Et que dire des provocations du ministre de l’Intérieur, mais surtout du mépris d’une politique qui, considérant les cités comme des territoires à reconquérir, s’apparente de plus en plus à une pratique coloniale et militaire du « maintien de l’ordre » ?

Alors oui, on regrette que cette violence - répondant à celle illégitime du pouvoir - s’exprime le plus souvent et paradoxalement contre celles et ceux qui, dans les quartiers de relégation, subissent déjà la violence étatique et patronale. Brûler des voitures, des écoles ou des bus nuit à la légitimité de cette révolte spontanée dont le sens est pourtant confusément compris par la population.

Et en même temps il nous faut rappeler la réponse de l’État lorsque ces jeunes et leurs familles choisissent d’autres voies, comme celles des plaintes contre la police qui ne conduisent qu’exceptionnellement à des condamnations. Ces deux semaines d’émeutes expriment le désespoir de la frange la plus marginalisée d’une génération en manque de perspectives. Elle est pourtant à mettre en lien avec la stratégie de la tension du gouvernement et l’actuelle répression des mouvements sociaux (transports, Poste, mouvement des lycéen-nes, faucheurs d’OGM ...). Ces luttes témoignent de la même insécurité sociale. Nous n’irons pas réclamer un retour à la « police de proximité » ou la construction de gymnases pour que la jeunesse se défoule en silence. Croit-on sérieusement résoudre ainsi la détresse sociale due à la violence politique et sociale du pouvoir ?

Sans redistribution du travail et des richesses, et si la régression sociale, les inégalités, le racisme et l’exclusion continuent de perdurer, de tels accès de rage sont appelés à se reproduire.

Aucune « prévention », aucune récupération religieuse, aucune répression n’y pourront rien. Seules la justice et l’égalité économique et sociale constituent une réponse.

Nous réclamons :
- la mise en cause des policiers dans le drame de Clichy
- l’abandon des poursuites judiciaires contre les émeutiers et l’amnistie de ceux qui ont été condamnés
- le retrait des forces de répression des quartiers
- l’indemnisation par l’Etat des biens des particuliers détruits ou endommagés
- l’abrogation de l’état d’urgence et celle des lois sécuritaires de droite et de gauche (la démission de Sarkozy ne suffit pas)
- l’accès de toutes et tous à la santé, l’éducation, l’emploi, le logement donc à la justice sociale

 
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