Manifeste de l’UCL

Notre pratique syndicaliste révolutionnaire

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Nous promouvons tout le répertoire d’actions du syndicalisme révolutionnaire – grève, boycott, sabotage ouvrier, blocage – y compris leurs formes nouvelles et réinventées, dès lors qu’elles reposent sur l’action directe des travailleuses et des travailleurs.

Cortège de SUD-Rail lors d’une grève cheminote, en mai 2016.
cc Jean-Claude Saget

Le mouvement syndical est né de la volonté ­d’organisation des travailleuses et des travailleurs en révolte contre l’oppression et l’exploitation. Il permet d’opposer au patronat, qui compte sur l’isolement individuel des ­prolétaires, la force collective qu’apporte l’action concertée.

La lutte revendicative dans les lieux de travail et d’études passe principalement par l’action syn­dicale. Nous préconisons donc la participation active au syndicalisme, compris d’abord comme une pratique de lutte et d’auto-organisation unitaire, de masse et de classe.

Comme dans toute forme d’association, cette force collective bénéficie aux individus associés et plus largement à notre classe, à condition qu’elle ne soit pas appropriée par une minorité au détriment de la collectivité. C’est le cas quand il existe une distinction entre dirigeant·es et dirigé·es, qui aboutit à ce que les dirigeantes et dirigeants utilisent l’organisation pour faire valoir leurs intérêts plutôt que pour servir la cause commune. Le syndicalisme n’est pas une carrière !

Nous sommes également conscientes et conscients que le mouvement syndical est – comme beaucoup de choses dans une période non révolutionnaire – traversé par une contradiction entre intégration et rupture. Et que ­l’intégration génère une tendance ­lourde aux compromis sociaux et à la bureaucratie.

Nous ne pouvons cependant nous satisfaire du rejet des syn­dicats par une partie du prolétariat. Il conduit davantage à démobiliser les salarié·es qu’à accentuer le rapport de force face à l’État et au patronat. C’est par une pratique syndicale autogestionnaire et de lutte de classe que les syndicats redeviendront un outil attrayant pour les luttes sociales.

Blocage, par la CGT, de l’usine de traitement des déchets d’Ivry-sur-Seine, en mai 2016.
cc Daniel Maunoury

Un répertoire d’actions directes

Nous défendons un syndicalisme révolutionnaire qui revienne aux sources de la dynamique d’auto-organisation du prolétariat que représente le mouvement syndical, en intégrant les acquis historiques des luttes émancipatrices menées depuis son origine.

Nous promouvons donc tout le répertoire d’actions du syndicalisme révolutionnaire – grève, boycott, sabotage ouvrier, blocage – y compris leurs formes nouvelles et réinventées, dès lors qu’elles reposent sur l’action directe des travailleuses et des travailleurs.

Nous défendons la perspective de la grève générale, en tant qu’arme du prolétariat pour défendre ses intérêts, et possible levier d’une reprise en main révolutionnaire de la production. Cela ne signifie pas qu’il faut multiplier, hors contexte, les appels incantatoires à une grève générale mythifiée, mais qu’il faut la poser comme une visée stratégique, structurant notre action.

Cela implique de participer aux débats syndicaux et de faire vivre – et même parfois tout simplement exister – la démocratie syndicale.

Pour l’unité ouvrière, malgré les divisions

Nous préconisons l’indépendance des syndicats contre tout groupement extérieur visant à les instrumentaliser, la démocratie interne et le fédéralisme, le partage, le contrôle et la révocabilité des mandats. Nous voulons renouer avec une pratique interprofessionnelle à travers le développement d’outils permettant l’émergence d’une ­solidarité et d’une conscience de classe : unions locales, union départementales, syndicats et fédérations d’industrie, confédérations.

La division syndicale est le résultat de plusieurs facteurs : bureaucratisation, remise en cause de l’indépendance syndicale, pratiques antidémocratiques, auxquelles se sont ajoutés depuis, concurrence et esprit de chapelle. À l’opposé de cette logique, par-delà les « patriotismes d’organisation », nous affirmons la nécessaire unité ou­vrière et entendons œuvrer à créer les conditions d’une réunification du mouvement syndical de classe et de lutte, sans en nier les difficultés.

Nous soutenons les autres formes d’organisation que peuvent se donner les travailleurs et travailleuses en lutte (assemblée générale, comité de grève, coordination…), notamment lorsqu’elles peuvent compléter, voire pallier les limites actuelles des organisations syndicales.

Nous défendons la solidarité internationale dans le champ syndical. Nous soutenons enfin une pratique syndicale qui intègre la diversité du prolétariat : travailleuses et travailleurs du public et du privé, avec ou sans emploi, actifs et actives ou retraité·es, quelle que soit leur origine, leur nationalité, leur genre, leur orientation sexuelle.

Porter une démocratie de base

Nous pouvons être conduit·es par la réalité du terrain à inscrire notre syndicalisme révolutionnaire dans des organisations différentes. L’essentiel est, pour nous, la possibilité réelle, offerte par telle ou telle structure, de développer des collectifs militants et de déployer une activité revendicative. Notre syndicalisme se pense donc en termes de terrain, s’inscrit d’abord dans les structures de base, mais refuse de considérer la fragmentation du mouvement syndical comme positive ou inévitable.

C’est au service de cette activité des collectifs de base, et dans le respect scrupuleux de la démocratie syndicale, que des camarades peuvent être mandaté·es, à tous postes et à tous niveaux, par les adhérentes et les adhérents de leurs structures.

Syndicalistes révolutionnaires, nous refusons la division du travail social-démocrate entre parti qui s’occupe de la politique, c’est-à-dire aussi des questions de société, et syndicat cantonné aux revendications immédiates. Pour nous, l’organisation syndicale doit être porteuse de sa propre stratégie de transformation de la société, élaborée en toute indépendance. Elle est un espace essentiel à la construction d’un contre-pouvoir. Elle doit permettre d’aiguiser les capacités autogestionnaires de notre classe.

S’il paraît évident que le fait syndical, comme tous les faits de société importants, soit discuté partout, y compris dans les courants politiques, nous réfutons la pratique de « fraction » qui conduit ses membres, quelle que soit leur opinion, à agir de façon concertée pour répercuter les directives de leur organisation politique dans le syndicat, au mépris de l’indépendance et de la capacité d’élaboration propre de ce dernier.

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