Nouvelle-Zélande : la situation chauffe en Aotearoa

Croissance économique et conservation des milieux naturels ne font pas bon ménage. C’est pourtant un mensonge souvent répété par les classes dirigeantes capitalistes. En Aotearoa, nom māori de la Nouvelle-Zélande, le gouvernement est prêt à mettre en vente et à bétonner des terres pourtant classées au patrimoine mondial.
Depuis juin 2026, un projet gouvernemental néo-zélandais envisage de mettre en vente près de 60 % des terres protégées du territoire. Certains ministres défendent cette réforme, tel que le ministre de la Conservation Tama Potaka, en soutenant que « croissance économique et conservation ne sont pas opposées l’une à l’autre ». Le gouvernement et les soutiens de ce nouvel amendement ne rendraient disponibles à la vente que les terrains où « des espèces ne sont pas menacées » et « ne contenant pas le meilleur exemple de la faune et flore endémique ». En clair, si ce n’est pas un parc national, une réserve scientifique ou une zone dite « sauvage », le terrain sera vendable et constructible. Faut-il expliquer que même hors de la protection nationale sous l’appellation « parc », ces zones sont essentielles au maintien de la faune sauvage et de la biodiversité ? De plus, certaines aires bientôt mises en vente sont classées en tant que site d’héritage mondial de l’Unesco et pourraient de facto être privatisées et bétonnées.
Sur place, la contestation gronde dans un climat particulièrement nocif pour la protection faunique et la spoliation des droits autochtones, le gouvernement ayant récemment proposé de protéger la langue anglaise au détriment de la langue māorie. Les inquiétudes sont donc multiples : augmentation significative du tourisme occasionnant toujours plus de pression sur des environnements vierges jusqu’ici, urbanisation de zones refuges, fin du droit de passage et du droit à la nature... sans compter l’ambiguïté des zones « présentant le meilleur exemple faunique et floral de l’île » et – suivant la logique capitaliste – un élargissement perpétuel des terres pouvant être mises en vente. Une autre inquiétude est la relégation de la New Zealand Conservation Authority [1] et du ministère de la Conservation au rang de simples consultants, le ministre ayant les pleins pouvoirs pour appliquer la politique expansionniste du gouvernement, et ce à l’encontre des recommandations de son propre ministère.
Un projet qui menace aussi les habitants et habitantes
Si la conservation dite « forteresse » peut et doit être critiquée [2], un gouvernement colonial vendant des terres autochtones ne peut être défendu. De nombreux iwi (premières nations) et leurs hapū (communautés autochtones) attendent encore l’autorisation du gouvernement de réintégrer les lieux desquels ils et elles ont jadis été chassées – gouvernement qui souhaite aujourd’hui vendre ces terres. Cette situation n’est pas sans rappeler l’échec du référendum The Voice en Australie en 2023, projet qui devait doter les aborigènes d’un organe représentatif au niveau fédéral et national.
Le 25 juin dernier, le gouvernement, et plus particulièrement le ministre de la Conservation, a ouvert une consultation populaire permettant aux citoyens et citoyennes de s’exprimer sur ce projet et de soumettre des idées, et ce jusqu’à mi-juillet. Certaines parties ont déjà été retirées du texte, mais la contestation continue et plus d’une trentaine de manifestations sont prévues dans les semaines à venir en différents endroits du pays avec le 15 août comme date phare [3].
Rudy (Commission Relations internationales de l’UCL)





