Nucléaire : Eclairés aujourd’hui, irradiés demain.

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La période est importante pour le mouvement antinucléaire français. Aujourd’hui les mensonges du lobby nucléaire trompent plus difficilement une opinion publique rendue inquiète par Tchernobyl. Le 17 janvier dernier 10 000 personnes défilaient contre le nucléaire à Paris, la mobilisation peut faire avorter des projet importants pour l’avenir de l’industrie nucléaire : le lancement des programmes EPR et ITER.

EPR, c’est la nouvelle génération de réacteurs européens développée par le groupe nucléaire Areva. Présentée comme plus performante, la technologie EPR est une escroquerie de plus des nucléocrates. Elle n’apporte aucun réel progrès dans les domaines de la sécurité et des déchets, pas plus que dans celui de la rentabilité d’ailleurs. Obsolète avant d’entrer en service, EPR est contesté jusque dans les rangs des pronucléaires. Les vraies motivations du lancement de ce programme sont ailleurs : préserver l’avenir de l’industrie européenne du nucléaire en fournissant du travail à Areva pour plusieurs décennies et maintenir l’Europe à l’avant-garde de la recherche nucléaire.

Un avenir irradié

Si la décision est prise de le lancer, il entrera en service vers 2020 et devrait fonctionner soixante ans. Dans l’ombre, comme à son habitude, le lobby nucléaire veut nous imposer des choix de société qui nous engageront jusqu’à la moitié du siècle, le temps de développer la génération suivante de réacteurs, et de repartir pour un tour.

Avec ITER, les nucléocrates des pays riches visent encore plus loin, passer de la fission à la fusion. Il s’agit de recréer expérimentalement les réactions thermonucléaires qui se produisent au cœur du soleil. S’il était construit, le réacteur expérimental consommerait la production de plusieurs centrales électriques et il nécessiterait la construction de lignes à haute tension. On ne sait pas si le rêve fou de maîtriser la fusion pour produire de l’électricité est possible, il est déjà certain qu’il engloutira des quantités considérables d’énergie.

Avec la fusion, les nucléocrates nous refont le coup de la surrégénération, vendue dans les années 70 comme la solution miracle aux problèmes énergétiques de la planète. L’histoire s’est terminée par un fiasco technologique et par un gouffre financier, symbolisés par Superphénix. Le miracle était un mirage. À travers ITER, les nucléocrates espèrent reproduire le hold up sur les crédits de la recherche scientifique qu’a été la surrégénération. Le butin escompté est de 10 milliards d’euros pour trente ans, sans compter les inévitables dépassements budgétaires. Dans les scénarios les plus optimistes, l’exploitation industrielle de la fusion est prévue pour la fin de notre siècle, ce qui promet des dizaines de milliards supplémentaires gaspillés ! Nous n’avons pas pu empêcher la construction de Superphénix, nous pouvons envoyer ITER aux poubelles de l’Histoire, l’échec des surrégénérateurs est un argument de plus pour éviter de recommencer les mêmes erreurs.

Sortie immédiate !

Remporter une victoire contre EPR et ITER serait une étape importante vers la sortie totale et définitive du nucléaire, nous devons donc redoubler nos efforts pour élargir le mouvement antinucléaire. D’autant plus que le temps nous est compté. Les problèmes posés par le nucléaire s’aggravent avec le temps, c’est pourquoi les libertaires défendent le mot d’ordre de sortie immédiate. La sortie immédiate du nucléaire n’est pas une utopie, c’est la seule solution réaliste possible qui se présente à l’humanité. Plus on attend plus le risque d’accident grave augmente. L’exportation de centrales nucléaires donne les technologies nécessaires pour construire une bombe atomique. À l’origine des arsenaux atomiques de l’Inde, du Pakistan et d’Israël, il y a la vente de réacteurs de recherche « civile » ou des centrales électriques. Aujourd’hui la Corée du Nord et l’Iran suivent la même filière, demain combien seront-ils ?

Les déchets toxiques s’accumulent sans aucune solution crédible pour les rendre moins nocifs. Les scientifiques d’aujourd’hui nous disent de faire confiance à leurs lointains successeurs pour trouver une solution. En attendant les industriels et les militaires se sont mis d’accord pour recycler l’uranium appauvri en munitions. Depuis la guerre du Golfe en 1991, les USA et l’Angleterre ont utilisé ces munitions dans plusieurs conflits. Des pays sont transformés en décharges sauvages de déchets radioactifs qui polluent les sols et les nappes phréatiques pour des millénaires, avec des conséquences terrifiantes pour leur population. L’Irak, frappé en 1991 et en 2003, est en train de vivre une tragédie qui ne fait que commencer.

Pour éviter que le monde soit rendu invivable par le capitalisme nous devons prendre notre avenir en main, dans le domaine de la production énergétique comme dans tous les autres aspects de la vie humaine.

Hervé (AL Marseille)

 
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