OTAN : Sarkozy, homme de Washington

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Du 2 au 4 avril 2009, l’Otan doit se réunir à Strasbourg et à Kehl (Allemagne), pour son soixantième anniversaire. Fondée le 4 avril 1949 pour rassembler l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest face à la menace soviétique, l’alliance doit maintenant trouver une nouvelle légitimité.

Dès 1989 et la chute du bloc soviétique, l’Organisation du traité de l’Atlanique nord cherche à se restructurer. Comment justifier la débauche de moyens d’une structure de 22 000 employés et 60 000 militaires ? L’ennemi est trouvé, bien avant le 11 septembre 2001 : c’est déjà le terrorisme arabo-musulman ! L’Otan est donc appelée à devenir le bras armé de la croisade anti-terroriste américaine partout dans le monde.

L’Otan nouveau est arrivé !

En 1999, au sommet de Washington, trois niveaux d’intervention sont théorisés : défense interne de ses territoires, défense préventive sur les territoires adjacents (son intervention en Yougoslavie dès 1994) et surtout « défense » externe. Pour cela, l’alliance met en place de nouvelles structures :

– le groupement de forces interarmées multinationales (GFIM), véritable armée globale, temporaire, de protection (comme en Afghanistan) ;

– la Nato response force, armée internationale permanente d’intervention rapide, qui peut regrouper jusqu’à 25 000 soldats (dont 1 700 français).

Mais deux conceptions différentes de l’avenir de l’Otan s’opposent depuis le sommet de Bruxelles en 2001. Georges W. Bush prévoyait alors un Global Nato, sorte d’Onu du Nord, de l’Alaska à la Sibérie, pour traiter de l’ensemble des questions concernant l’ordre mondial, que ce soit de façon militaire ou politique.

Le choc des impérialismes

D’un autre côté, la majorité des pays européens, dont la France et l’Allemagne, préfèrerait couper l’Otan en deux, laissant une certaine autonomie aux pays européens, qui développeraient une défense commune. Ces pays souhaitent aussi limiter l’extension géographique et thématique pour ne pas entrer en concurrence avec l’Onu.

Mais c’était sans compter sur la Russie. Avec ses nombreuses ressources naturelles, ses multiples frontières, la Russie a les moyens de redevenir une grande puissance impérialiste. L’affrontement géorgien de cet été démontre bien que la Russie ne supportera plus le grignotage de l’Otan dans ses zones d’influences : intervention de l’Otan au Kosovo en 2004 pour affaiblir la Serbie, « révolution » orange en Ukraine en 2004, etc. Si la France et l’Allemagne se sont opposées, en 2008, à l’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie, c’est par peur d’un conflit économique avec la Russie (qui fournit l’essentiel du gaz européen)… mais aussi parce que les liens très étroits entre ces pays de l’Est et les États-Unis pourraient être un obstacle à leur projet de défense autonome européenne.

Sarkozy, soldat modèle des États-Unis

Lors du sommet de Bucarest en 2008, la France a affirmé la volonté de revenir à sa juste place dans l’alliance, ce qui devrait se concrétiser au sommet de Strasbourg. La France avait quitté le commandement intégré de l’Otan en 1966, car De Gaulle souhaitait se doter de l’arme nucléaire sans être dépendant des Américains. Mais dès 1991, Mitterrand a tiré le bilan de la guerre du Golfe : l’armée française n’était pas habituée à travailler avec ses alliés et ne maîtrisait pas les méthodes et procédures de l’Otan. Il avait déjà programmé un retour progressif de la France.

Si ce retour permet bien de répondre à l’appel américain pour un plus grand investissement militaire et financier de ses alliés, c’est aussi un moyen pour la France de négocier un renfort français en Afghanistan (avec les effets que l’on sait) contre une autonomie européenne dans la construction de sa défense commune. Le but de Sarkozy est de placer la France en position de leader, d’être l’homme des États-Unis en Europe.

Ce sommet de 2009 devra donc trancher entre soutien aux États-Unis ou autonomisation de la défense européenne, mais de toute façon, préparera le choc avec l’impérialisme russe. Une mobilisation mondiale et massive est nécessaire pour arrêter cet engrenage belliciste !

AL-Alsace

• Un contre sommet est prévu à Strasbourg début avril : http://sommet-otan-2009.blogspot.

 
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