Hommage

Pierrot, adieu à un militant ouvrier constant et chaleureux




Mécanicien dans l’aviation, militant du courant communiste libertaire pendant près de cinquante ans, Pierre Contesenne s’est éteint dans la nuit du 4 au 5 mars 2026. Un groupe de camarades lui adressent un ultime salut.

La disparition de Pierre Contesenne – « Pierrot » –, nous l’avons apprise avec stupeur tant il semblait un repère solide dans nos vies. Pierrot, né le 22 juin 1955, avait intégré l’école d’apprentis d’Air France après la 3e. Il en sortit en 1974 dans la promotion Mécanicien pour partir au service militaire à la base aérienne de Villacoublay (78), où il refusa de travailler sur les avions militaires. En 1976, embauché aux ateliers Air France d’Orly comme mécanicien avion, il s’engagea dans la CFDT alors autogestionnaire et, dès 1977, fut élu délégué du personnel. En 1978, à l’atelier d’entretien moteur, il rencontra Daniel Goude qui le fit adhérer à l’Union des travailleurs communistes libertaires, l’UTCL.

Partisan de l’autogestion des luttes, Pierre Contesenne s’opposa aux militants PCF qui dominaient la CGT. Il appuyait la radicalité des actions choisies par les grévistes, et en rendit compte dans Lutter !, le journal de l’UTCL, puis dans Alternative libertaire jusqu’à la fin des années 2010, sous la signature de Procope Semeniouta. Il y revint dans un article rétrospectif pour Les Utopiques, la revue de l’Union syndicale Solidaires : « La Journée de la chemise… et trente ans de luttes radicales à Air France. »

Un des animateurs du syndicat SUD-Aérien

À l’époque des exclusions de « moutons noirs » par la CFDT, Pierrot, avait soutenu, en 1985, la création d’un syndicat de lutte autonome à Air Inter, le SNPIT – animé notamment par Julie Corbeau également militante UTCL. En 1997, le SNPIT devint SUD-Aérien et Julie et Pierrot en furent parmi les fondateurs et les piliers.

Inlassable acteur des luttes dans l’aérien, il s’était notamment engagé auprès des salariées les plus précaires, celles et ceux des entreprises de sous-traitance. Secrétaire du CE industriel d’Orly, il s’attacha au développement des activités culturelles, expositions, conférences destinées aux salariées. Estimant que « tout ce qui est ouverture sur l’éducation et la culture fait partie de la stratégie d’émancipation », il s’efforçait d’y faire « entrer de la subversion », rencontrant là encore l’hostilité des militants PCF-CGT. La retraite n’avait pas entamé sa détermination à lutter. Il se sentit toujours profondément lié au syndicat, s’informant, dialoguant régulièrement, attentif aux avancées comme aux difficultés rencontrées sur le terrain par les équipes syndicales.

De la rue du Dragon à Droits devant !!

Au sein de l’UTCL et d’Alternative libertaire, Pierrot rencontrait des militantes et militants de tous secteurs, enrichissant sa culture politique et syndicale. Il côtoya pendant des années, dans le même groupe local, l’écrivain Daniel Guérin qu’il estimait beaucoup – non sans une certaine ironie affectueuse exprimée avec sa gouaille ouvrière. Il participait aux débats enflammés et chaleureux des congrès, des stages d’été, des moments conviviaux de l’UTCL puis d’AL, cultivant un esprit non sectaire de confrontation d’idées parfois vigoureuse mais toujours fraternelle avec les militantes et militants des différentes composantes de la gauche révolutionnaire et syndicale.

Pierrot s’était également engagé dans le mouvement social aux côtés des sans-voix. Il fut cofondateur en 1995, avec Annie Pourre et Jean-Claude Amara, de l’association Droits devant !! suite à la mémorable occupation par le DAL d’un immeuble de la rue du Dragon à Paris 6e. Très investi sur les luttes des sans-papiers, il fut aussi rédacteur du premier « Appel pour l’autonomie du mouvement social » en 1998, prolongé par un deuxième appel en 1999 signé notamment par Pierre Bourdieu.

Ferme dans ses convictions, mais toujours ouvert

Pierrot c’était également la passion des motos anglaises vintage qu’il rénovait. Et puis de tardives études universitaires en économie appliquée et en anthropologie à l’EHESS. Enfin les revues, les livres scientifiques et philosophiques qu’il dévorait. Il était de celles et ceux qui, curieux, rigoureux, n’arrêtent jamais de penser. Ferme dans ses convictions, mais toujours ouvert. Et de plus en plus préoccupé par la progression des nouvelles formes de productivisme capitaliste, et par la montée des discriminations et de l’extrême droite.

Organisateur de petits rituels de retrouvailles d’anciens de l’UTCL et de l’AL, il nous réunissait pour des restos, des « Gasthaus » comme il disait. Pierrot, un pilier tranquille, une élégance ouvrière, une amitié chaleureuse. Une constance sans faille dans le combat pour une société de justice et de liberté.

Cécile Bernabeu, Marco Candore, Christian Mahieux, Gilles Re., Thierry Renard, Patrice Spadoni

Pierrot pendant l'occupation de l'immeuble de la Cogedim, rue du Dragon, en 1995.
Pierrot pendant l’occupation de l’immeuble de la Cogedim, rue du Dragon, en 1995.

Ses derniers articles dans Alternative libertaire, signés Procope Semeniouta :

 
☰ Accès rapide
Retour en haut