Syndicalisme

Plan de licenciement à AIDES : « Ce conflit découle d’une politique d’austérité »




Les employeurs de l’association AIDES dégainent un plan de licenciement. Les salariées se mobilisent avec l’austérité gouvernementale en ligne de mire. Interview de Célia, gréviste.

D’où vient ta colère aujourd’hui, comment as-tu vécu l’annonce du Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) et à quel moment t’es-tu dit qu’il fallait se mobiliser collectivement ?

La colère vient d’un système politique et de travail qui dysfonctionnent. Le flou et la désinformation règnent en interne à AIDES. Même si des annonces ont pu laissé penser l’inverse, l’annonce du PSE n’a pas été une surprise : licenciements suspects, fusions de locaux, tout laissait présager cette issue. La mobilisation a été freinée par des réactions émotionnelles. Il a fallu un temps de discussion et de réassurance avant de passer à l’action collective.
Le PSE va aggraver le sous-effectif et précariser, entraînant une baisse de la qualité de l’accès aux soins et aux droits. Ce conflit s’inscrit dans une ­crise globale du secteur sanitaire et social qui découle des politiques d’austérité qui privilégient l’armement.

Tu n’es pas syndiquée, pourquoi avoir quand même pris part à la lutte ? Pourquoi si peu de syndicalisation dans le médico-social ?

Malgré un regard critique sur les syndicats, ils restent un levier pour créer des dynamiques de mobilisation.
La faible syndicalisation s’explique par une méconnaissance du fonctionnement syndical, parfois perçu comme sectaire, mais aussi par l’épuisement émotionnel propre au médico-social. L’État fait le choix politique d’abandonner certains publics, le médico-social est un pansement sur ces irresponsabilités. Les salariées sont souvent pris dans une logique de « mieux accompagner » et même parfois dans une posture de « sauveur » et « sauveuse ». Mais faire imploser le système de l’intérieur pourrait ouvrir la voie à autre chose.

Comment s’est construite la mobilisation ? Y avait-il eu une dynamique nationale ?

La mobilisation s’est traditionnellement organisée via le syndicat SUD Santé-Sociaux, le comité social et économique et les assemblées générales. Un premier piquet et une journée de grève ont permis de créer un rapport de force, suivis d’un second piquet le 4 décembre à Pantin en fin de négociations. Il y avait une dynamique régionale, notamment avec les journées de grève des 16, 17 et 18 décembre, favorisant des convergences entre secteurs. Au niveau national, certaines régions étaient mobilisées, mais sans ressentir une dynamique unifiée. En parallèle, des collectifs autonomes et un comité de mobilisation intersectoriel ont émergé. De quoi questionner les schémas militants, la difficulté à massifier le mouvement, et à repenser la manière de rassurer et mobiliser les collègues.

Comment as-tu vécu la mobilisation locale et quelles limites en tires-tu ?

La mobilisation a été revigorante, porteuse d’espoir et de rencontres. Le piquet du 16 décembre a été fort, mais la manifestation a été plus faible, ­comme un échec partiel. À AIDES, la mobilisation est arrivée tardivement.
Dans le médico-social, les limites restent le manque de moyens, l’épuisement, la précarité et le coût de la mobilisation, laissant une amertume face à la difficulté de mobiliser massivement.

Propos recueillis par Malika (UCL PNE)

 
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