Manifeste de l’UCL

Porter un projet de société alternatif

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L’utopie peut avoir une incidence décisive sur les mouvements sociaux. En stimulant l’imagination collective, elle alimente les luttes immédiates, tant dans leurs formes que dans leurs objectifs, et elle peut donner force et crédit à nos luttes en explorant les possibilités d’une société alternative. L’imaginaire est nécessaire pour transformer les réalités.

Pendant le mouvement contre la loi Travail, mars 2016.
cc Vincent Nakash/UCL Saint-Denis

Nous sommes révolutionnaires, c’est-à-dire partisan·es d’une transformation radicale de la société. Notre action politique vise à mettre en adéquation notre projet de société et les moyens pour y parvenir : le bilan de la social-démocratie a démontré qu’on ne peut pas lutter efficacement contre le capitalisme en conquérant le pouvoir par la voie électorale et en le réformant progressivement.

Cela ne signifie pas non plus attendre passivement une rupture « inéluctable » : l’avenir n’est écrit nulle part, il sera ce que nous en ferons, et à chaque situation historique le champ des possibles est largement ouvert. Il n’y a aucune raison pour que l’Histoire ait atteint son stade ultime : le capitalisme ne sera pas la dernière forme de la société humaine. Les systèmes de domination raciste et patriarcale ne sont pas une fatalité.

Mais un socialisme autogestionnaire et des rapports sociaux égalitaires ne surgiront pas mécaniquement au terme d’une « crise finale » à une seule issue possible. Ils naîtront de l’action consciente et déterminée des masses exploitées. Maté­rialistes, et instruit·es par l’expérience historique, nous savons qu’un véritable mouvement populaire n’est jamais « pur ». Il peut être peuplé de forces contradictoires, progressistes comme rétrogrades, dont chacune essaie de faire prévaloir son projet politique. Les révolutionnaires ne peuvent se satisfaire de distribuer bons et mauvais points de façon extérieure. C’est dans les luttes qu’ils et elles peuvent espérer influer sur les événements.

Contre l’action armée isolée

Révolutionnaires, nous ne sommes pas partisan·es a priori d’une solution violente. L’essentiel dans un processus de transformation est dans l’œuvre constructive, qui nécessite une auto­défense de la population pour préserver les acquis. Mais le degré de violence d’une révolution est d’abord choisi et imposé par les classes dirigeantes renversées. ­Cette violence peut donc être nécessaire. Il faut alors faire preuve de vigilance, pour se garder des excès et du danger de militarisation.

Excepté dans les situations de dictature ou d’occupation militaire ou coloniale, nous sommes opposé·es à l’action minoritaire armée menée par des groupes coupés de la population et du mouvement social. L’action armée, menée dans ces conditions, conduit au face-à-face dangereux avec l’État ; elle aboutit au renforcement de ce dernier et à ­l’isolement de celles et ceux qui la ­pratiquent.

Nous ne confondons évidemment pas l’action minoritaire armée avec les formes dures prises par les luttes des travailleurs et travailleuses et de la population pour la défense de leurs acquis et de leurs combats. La légitimité de ­l’action des révolutionnaires ne se fixe pas en termes de respect d’une légalité imposée par l’État mais évolue en fonction de la conscience des masses.

Imaginer pour transformer la réalité

Un projet révolutionnaire est nécessaire, alternatif aux socialismes d’État et au libéralisme. Un projet qui a vocation à mettre en œuvre un communisme libertaire à l’échelle de toute la société, sur le plan économique (socialisation des moyens de production et des produits du travail collectif), politique (fédéralisme libertaire comme alternative à toute centralisation du pouvoir politique) et social (égalité sociale entre individus sans considération de sexe, d’orientation sexuelle, d’origine, de capacités physiques ou psychologiques…).

L’élaboration d’un projet révolutionnaire s’appuie sur les expériences historiques et contemporaines des luttes, en tenant compte des difficultés rencontrées. Le projet révolutionnaire nécessite donc une réévaluation régulière, intégrant les ­nouvelles luttes sociales et les évolutions de la société.

L’utopie peut avoir une incidence décisive sur les mouvements sociaux. En stimulant l’imagination collective, elle alimente les luttes immédiates, tant dans leurs formes que dans leurs objectifs, et elle peut donner force et crédit à nos luttes en explorant les possibilités d’une société alternative. L’imaginaire est nécessaire pour transformer les réalités.

S’il nous semble nécessaire que notre courant porte un tel projet, celui-ci n’a pas la prétention de prédire l’avenir, ni de tout prévoir, ni d’être un ensemble de promesses, ni d’être le plan tout prêt d’un socialisme à construire tel quel.

C’est à travers leurs expériences que les travailleuses et les travailleurs trouveront leurs réponses à nombre de questions de société. Mais dans cette élaboration, nos propositions peuvent avoir valeur de contributions et d’incitation, infléchissant le débat d’idées et les pratiques dans le sens le plus libertaire, le plus autogestionnaire possible.

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